Quitter Lire le livre numérique

Annotations

Aucune annotation pour le moment

LE MYSTÈRE DU BAHUT DE BAGDAD



Dans le genre titre racoleur à la une, on ne pouvait guère trouver mieux, et j’en fis la remarque à mon ami Hercule Poirot. Je ne connaissais aucune des parties en cause. Mon intérêt en l’occurrence était impartial, celui, somme toute, de l’homme de la rue. Poirot acquiesça :

— Oui, cela vous a comme un parfum de l’Orient, une aura de mystère. Ce bahut peut très bien n’être qu’une pâle copie de XVIIIe telle qu’on en trouve tout au long de Tottenham Court Road ; il n’empêche que le reporter qui l’a baptisé « Bahut de Bagdad » a été heureusement inspiré. Le mot « mystère » y a été juxtaposé avec infiniment de pertinence, encore que, si j’ai bien compris, le mystère en question a fort peu à voir à l’affaire.

— Très juste. C’est de bout en bout horrible tout autant que macabre, pas un instant mystérieux.

— Horrible tout autant que macabre... répéta pensivement Poirot.

— L’idée même en est révoltante, dis-je, sautant sur mes pieds et me mettant à arpenter le tapis en tous sens. Le meurtrier tue cet homme, un de ses amis, le fourre dans le bahut qui orne son salon et, une demi-heure plus tard, on le retrouve en train de danser dans ce même salon avec l’épouse de sa victime. Non, mais vous rendez-vous compte ? Si cette malheureuse avait pu imaginer un instant…

— C’est bien vrai, murmura Poirot, songeur. Cette fameuse faculté dont on nous rebat les oreilles, l’intuition féminine… ne semble guère s’être illustrée dans le cas présent.

— La soirée semble s’être déroulée fort gaiement, poursuivis-je avec un léger frisson. Et pendant tout ce temps, alors qu’ils dansaient et jouaient au poker, il y avait un cadavre avec eux dans la pièce. On pourrait écrire une pièce de théâtre avec un tel sujet.

— Cela a déjà été fait, me coupa Poirot. Mais consolez-vous, Hastings, ajouta-t-il gentiment. Ce n’est pas parce qu’un thème a déjà été utilisé cent fois qu’il ne faut pas le réutiliser encore. Écrivez-le, votre mélodrame.

J’avais repris le journal et j’examinais l’assez mauvaise reproduction d’un cliché photographique.

— Ce doit être une très belle femme, commentai-je lentement. Même à partir de cela, on peut s’en faire une idée.

Sous la photo courait une légende :

RÉCENT PORTRAIT DE Mrs CLAYTON, L ÉPOUSE DE L’HOMME ASSASSINÉ

Poirot me prit le journal des mains.

— Oui, admit-il. Elle est très belle. Sans l’ombre d’un doute, elle est de ces créatures venues sur terre dans le seul but de damner le sexe fort.

Il me rendit le journal avec un soupir :

— Dieu merci, je ne suis pas de tempérament volcanique. Ce qui m’a évité dans la vie bien des complications. Je lui en serai toujours reconnaissant.

Je n’ai pas souvenir que nous ayons débattu plus avant de l’affaire. Poirot ne semblait pas, à ce moment-là, s’y intéresser outre mesure. Les faits étaient si clairs, et il s’en dégageait si peu d’ambiguïté que toute discussion à leur sujet eût relevé de la plus totale futilité. Mr et Mrs Clayton ainsi que le major Rich étaient amis d’assez longue date. Le jour en question, le 10 mars, les Clayton avaient accepté l’invitation du major Rich à venir passer la soirée chez lui. Vers 7 heures et demie du soir, cependant, Clayton avait confié à un autre de ses amis, un certain major Curtiss avec lequel il prenait un verre, qu’il venait d’être à brûle-pourpoint appelé en Ecosse et qu’il allait monter à bord du train de 8 heures.

— Je vais juste avoir le temps de faire un saut en passant chez ce vieux Jack pour lui expliquer ce qu’il en est, avait poursuivi Clayton. Margharita ira, bien sûr. Je suis navré de ce contretemps, mais Jack comprendra.

Mr Clayton avait fait ainsi qu’il l’avait dit. Il était arrivé au domicile du major Rich aux environs de 8 heures moins vingt. Le major était sorti, mais son valet, qui connaissait bien Mr Clayton, lui avait suggéré d’entrer l’attendre. Mr Clayton lui avait alors répondu qu’il n’en avait pas le temps, mais qu’il laisserait volontiers un mot. Il avait ajouté qu’il avait un train à prendre.

Le valet l’avait conséquemment introduit au salon. Cinq minutes plus tard environ, le major Rich, sans doute rentré sans que le valet ne l’entende, avait ouvert la porte du salon et appelé son domestique pour le prier de sortir acheter des cigarettes. Sitôt revenu, ce dernier les avait apportées à son maître, qui était alors seul au salon. L’homme en avait tout naturellement conclu que Mr Clayton s’en était allé attraper son train. Les hôtes n’avaient pas tardé à arriver. Ils comprenaient Mrs Clayton, le major Curtiss, ainsi qu’un Mr et une Mrs Spence. La soirée s’était passée à jouer au poker et à danser au son du phonographe. Les invités avaient pris congé peu après minuit.

Entrant le lendemain matin au salon pour le remettre en ordre, le valet avait été intrigué par une tache poisseuse maculant le tapis sous et devant un meuble que le major Rich avait rapporté du Moyen-Orient et qu’il appelait son « Bahut de Bagdad ». Sans trop réfléchir, ledit valet avait soulevé le couvercle du bahut et avait été horrifié d’y trouver, couché en chien de fusil, le cadavre d’un individu poignardé en plein cœur. Terrifié, le malheureux était sorti de l’appartement en courant pour se précipiter sur le premier agent de police venu. Le cadavre avait été identifié comme celui de Mr Clayton. Et l’arrestation du major Rich s’en était suivie peu après. La défense du major, laissait-on entendre, consistait à tout nier avec fermeté et en bloc. Il n’avait pas vu Mr Clayton la veille au soir, et ce n’est que par Mrs Clayton qu’il avait appris son départ précipité pour l’Écosse.

Tels étaient les faits dans leur absolue nudité. Toutefois insinuations et sous-entendus ne manquaient bien évidemment pas. La fervente amitié, les rapports intimes, même, qui unissaient Mrs Clayton et le major Rich étaient à ce point montés en épingle que seul un imbécile n’aurait pas su lire entre les lignes. Le mobile du crime était clairement indiqué. Une longue expérience m’a enseigné à faire justice de la calomnie sans fondement. Le mobile suggéré pouvait fort bien, en dépit d’apparences fallacieuses, ne reposer sur rien. De tout autres raisons pouvaient avoir précipité le drame. Mais une certitude n’en demeurait pas moins : à savoir que Rich était l’assassin.

Comme je l’ai déjà dit, l’affaire aurait pu en rester là s’il ne s’était trouvé que Poirot et moi devions nous rendre à une réception donnée par lady Chatterton le soir même. Tout en vouant aux gémonies les mondanités et en clamant à tous les échos son amour de la solitude, Poirot raffolait en réalité de ce genre de raouts. Jouer les célébrités lui allait comme un gant, et se voir encensé était pour lui un de ces plaisirs dont on ne saurait se priver. Il allait, en certaines occasions, jusqu’à en ronronner littéralement ! Je l’ai vu accepter les plus extravagants des compliments comme rien de plus que son dû et s’en rengorger avec une suffisance et dans des termes que je n’oserais jamais coucher ici sur le papier.

Il lui arrivait de me chercher querelle sur le sujet :

— Mais, mon bon ami, je ne suis pas anglo-saxon, moi ! Pourquoi jouerais-je les hypocrites ? Si, si, c’est ce que vous faites, tous autant que vous êtes. L’aviateur qui a effectué un vol difficile, le champion de tennis… tous baissent le nez sur leurs chaussures et murmurent de façon inaudible que « ça n’était rien ». Mais est-ce qu’ils le pensent vraiment eux-mêmes ? Pas un instant. L’exploit en question, ils l’admireraient chez un autre. Alors s’agissant d’êtres dotés de raison, ils l’admirent forcément chez eux-mêmes. Seule leur éducation les empêche de l’avouer. Mais moi, je ne suis pas comme ça. Les talents que je possède… je les saluerais bien volontiers chez autrui. Il se trouve seulement que, dans mon domaine bien particulier, personne ne m’arrive à la cheville. C’est fort dommage ! Ceci posé, je reconnais, sans gêne aucune et sans la moindre hypocrisie, que je suis un grand homme. Je possède ordre, méthode et psychologie à un degré inégalé. Je suis, en somme, Hercule Poirot ! Pourquoi devrais-je rougir, bégayer et bafouiller dans ma barbe que je ne suis en réalité qu’un parfait imbécile ? Ce serait déshonnête.

— Il n’est au monde, cela va sans dire, qu’un seul Hercule Poirot, renchéris-je non sans une légère pointe de malice dont, Dieu soit loué, Poirot choisit de ne pas s’offusquer.

Lady Chatterton était une de ses plus ferventes admiratrices. Partant d’une incompréhensible modification du comportement chez un pékinois, il en avait démêlé la laisse pour remonter avec succès jusqu’à la main d’une cambrioleuse notoire. Lady Chatterton n’avait depuis lors cessé de le louer avec volubilité. Croiser Poirot lors d’une quelconque festivité nocturne offrait un spectacle grandiose. Ses tenues de soirée irréprochables, l’exquis mouvement de sa cravate blanche, l’exacte rectitude de sa raie médiane, la remarquable symétrie capillaire qui en découlait et donnait toute sa valeur à la luisance de ses cheveux pommadés... tout, sans bien évidemment oublier la double arabesque splendide de ses moustaches superlatives, tout, disais-je, se combinait pour parachever l’image parfaite du dandy invétéré. Il était malaisé, en de tels instants, de prendre le petit homme au sérieux.

Il était environ 11 heures et demie du soir quand lady Chatterton, fondant soudain sur nous, escamota Poirot au nez et à la barbe d’un groupe de flagorneurs pour l’entraîner à l’écart, moi-même me maintenant dignement dans son sillage.

— J’exige que vous montiez dans ma chambrette sous les toits, haleta quelque peu lady Chatterton dès que nous fûmes hors de portée des oreilles indiscrètes. C’est mon repaire. Vous connaissez le chemin, monsieur Poirot. Vous y trouverez quelqu’un qui a cruellement besoin de votre aide... et vous l’aiderez, je le sais. C’est une de mes plus chères amies… alors ne dites pas non.

Tout en parlant, lady Chatterton nous avait précédés avec une énergie conquérante dans une seconde volée d’escalier et elle ouvrit bientôt une porte en s’exclamant :

— Je le tiens, Margharita chérie ! Le voilà. Il fera tout ce que vous voudrez. Vous allez aider Mrs Clayton, monsieur Poirot, vous me le jurez ?

Et, tenant la réponse pour acquise, elle se retira avec la même énergie qui semblait décidément la caractériser.

Mrs Clayton était assise dans un fauteuil près de la fenêtre. Elle se leva pour venir à notre rencontre. Elle était en grand deuil et le noir mat faisait ressortir la délicatesse de son teint. C’était une femme singulièrement adorable et il émanait d’elle une vraie candeur enfantine qui rendait son charme absolument irrésistible.

— Alice Chatterton est tellement gentille avec moi, murmura-t-elle. C’est elle qui a organisé cette rencontre. Elle m’a promis que vous m’aideriez, monsieur Poirot. Je ne sais pas, bien sûr, si vous accepterez ou non… mais j’espère que vous le ferez.

Elle lui avait tendu la main et Poirot la serra. Il la garda un long moment entre les siennes tout en lui scrutant de fort près le visage. Il ne fallait voir là nulle privauté. Il s’agissait plus précisément du même regard bienveillant mais tout à la fois pénétrant qu’un médecin réputé pose sur le nouveau client qui vient d’être introduit dans son cabinet.

— Êtes-vous sûre, madame, interrogea-t-il enfin, que je puisse vous aider ?

— Alice l’affirme.

— Certes, mais c’est à vous, madame, que je pose la question. Une légère rougeur lui monta aux joues :

— Je ne saisis pas très bien ce que vous voulez dire.

— Que voulez-vous, madame, que je fasse au juste ?

— Vous... vous. vous savez qui je suis ? s’inquiéta-t-elle.

— Bien évidemment.

— Alors vous êtes en mesure de deviner ce que je vous demande de faire, monsieur Poirot… ainsi que vous, capitaine Hastings…

Je fus flatté qu’elle ait découvert mon identité.

— … Le major Rich n’a pas tué mon mari, acheva-t-elle.

— Pourquoi ?

— Je vous demande pardon ? Poirot sourit de sa légère déconfiture.

— J’ai dit « pourquoi ? », répéta-t-il.

— Je ne suis pas sûre de comprendre.

— C’est pourtant très simple. La police... les avocats... tous vous poseront la même question : « Pourquoi le major Rich a-t-il tué Mr Clayton ? » Moi, je vous demande le contraire. Je vous demande, madame, pourquoi le major Rich n’a pas tué Mr Clayton.

— Vous voulez dire… pourquoi j’en ai la certitude ? Mais parce que je le sais. Je le connais si bien, le major Rich.

— Vous le connaissez si bien… répéta lentement Poirot d’un ton neutre.

Les joues de la jeune femme, cette fois, s’empourprèrent :

— Oui, c’est ce qu’ils vont dire… c’est ce qu’ils vont penser ! Oh ! je le sais bien !

— Exact. C’est ce sur quoi ils vont vous interroger… pour savoir jusqu’à quel point vous le connaissiez bien. Peut-être direz-vous la vérité, peut-être choisirez-vous de mentir. Le mensonge est parfois nécessaire à la femme, c’est une arme excellente. Mais il est trois personnes, madame, auxquelles une femme se devrait de toujours dire la vérité : son confesseur, son coiffeur et son détective privé... à la condition qu’elle lui fasse confiance. Me faites-vous confiance, madame ?

Margharita Clayton prit une profonde inspiration.

— Oui, dit-elle. Oui. Il le faut bien, ajouta-t-elle un peu puérilement.

— En ce cas, jusqu’à quel point connaissez-vous bien le major Rich ?

Elle le dévisagea un moment en silence, puis releva le menton d’un air de défi :

— Je vais répondre à votre question. J’ai aimé Jack dès la première minute où je l’ai vu… il y a de cela deux ans. Plus tard, je pense, je crois, qu’il est tombé amoureux de moi lui aussi. Mais il ne me l’a jamais avoué.

— Épatant ! s’exclama Poirot. Vous m’avez fait gagner un bon quart d’heure en allant au but sans tergiverser. Vous êtes une personne de bon sens. Et maintenant, votre époux… soupçonnait-il vos sentiments ?

— Je ne sais pas, répondit lentement Margharita. Je me suis mise à y songer… oh ! tout dernièrement... comme à une éventualité. Son comportement à mon égard avait changé… Mais c’est peut-être là le simple fruit de mon imagination.

— Personne d’autre n’était au courant ?

— Non, je ne pense pas.

— Et... je vous demande mille pardons, madame, votre mari, vous ne l’aimiez pas ?

La plupart des femmes se seraient crues obligées d’expliquer en long et en large la nature exacte de leurs sentiments. Il n’y en avait guère, je crois, qui auraient répondu à cette question aussi simplement qu’elle le fit.

— Non, se contenta de laisser tomber Margharita Clayton.

— Parfait. Nous savons au moins maintenant où nous en sommes. Selon vous, madame, le major Rich n’a pas tué votre mari, mais vous devez bien vous rendre compte que tous les éléments tangibles semblent pourtant prouver qu’il l’a fait. Seriez-vous néanmoins au courant, vous et vous seule, d’une faille dans ce faisceau de preuves qui le condamnent ?

— Non. Je ne sais rien.

— Quand votre mari vous a-t-il fait part de son obligation de se rendre en Ecosse ?

— Tout de suite après le déjeuner. Ça le barbait, mais il fallait qu’il y aille. Un litige à propos d’une vente de terrains, d’après ce qu’il a ajouté.

— Et après ça ?

— Il est sorti… pour se rendre à son club, j’imagine. Je… je ne l’ai plus revu.

— Maintenant, pour en revenir au major Rich… quel a été son comportement au cours de cette soirée ? Le même que d’ordinaire ?

— Oui, je crois.

— Vous n’en êtes pas sûre ?

Margharita fronça les sourcils :

— Peut-être s’est-il montré… un peu contraint. Avec moi, pas avec les autres. Mais je crois que j’en connais la raison. Vous devez la deviner, vous aussi, non ? Je suis sûre que cette gêne ou cette… cette… cette distraction, serait-il plus juste de dire, n’avait rien à voir avec Edward. Il s’était bien entendu montré surpris de son départ pour l’Écosse, mais pas outre mesure.

— Y a-t-il eu autre chose d’inhabituel au cours ou à propos de cette soirée ?

Margharita réfléchit, puis :

— Non, rien.

— Avez-vous… remarqué le bahut ? Elle secoua la tête avec un léger frisson :

— Je ne me le rappelle même pas… ni ce à quoi il pouvait ressembler. Nous avons joué au poker la majeure partie du temps.

— Qui est-ce qui a gagné ?

— Le major Rich. J’avais la poisse, tout comme le major Curtiss. Les Spence ont mené pendant un moment, mais c’est le major Rich qui a emporté la mise.

— La soirée s’est terminée… quand ?

— Vers minuit et demi, je crois bien. Nous sommes tous partis ensemble.

— Ah !

Après cette exclamation, Poirot resta un moment silencieux, perdu dans ses pensées.

— J’aurais aimé pouvoir vous être plus utile, déplora Mrs Clayton. Je semble n’avoir été capable que de vous en dire très peu.

— Sur le présent... en effet. Mais sur le passé, madame, peut-être vous montrerez-vous plus bavarde ?

— Sur le passé ?

— Oui, le vôtre. N’a-t-il pas été jalonné d’incidents ? Elle rougit :

— Vous voulez parler de cet affreux petit homme qui s’est tiré une balle dans la tête ? Je n’y étais pour rien, monsieur Poirot. Je vous jure que je n’y étais pour rien.

— Ce n’était pas précisément ce drame-là auquel je songeais.

— Il doit s’agir alors de ce duel grotesque ? Mais les Italiens adorent se battre en duel. J’ai été tellement reconnaissante que ce garçon n’ait pas été tué.

— Cela a dû vous soulager beaucoup, en effet, acquiesça gravement Poirot.

Elle le regardait d’un air dubitatif. Il se leva et lui serra la main :

— Je n’ai pas l’intention de me battre en duel avec vous, madame. Mais je ferai ce que vous m’avez demandé. Je découvrirai la vérité. Espérons toutefois que votre instinct ne vous aura pas trompée... et que la vérité vous sera douce au lieu de vous accabler.

Notre premier entretien fut avec le major Curtiss. Taillé pour la lutte, c’était un homme dans la quarantaine, aux cheveux très noirs et au teint basané. Il connaissait les Clayton depuis pas mal d’années, tout comme d’ailleurs le major Rich. Il confirma les allégations de la presse. Clayton et lui avaient pris un verre à leur club juste avant 7 heures et demie, et Clayton avait, avant de le quitter, annoncé son intention de faire un saut chez le major Rich sur le chemin de la gare.

— Comment était Mr Clayton ? Broyait-il du noir ? Semblait-il au contraire de bonne humeur ?

Le major réfléchit. C’était un homme à la parole lente.

— Il m’a paru d’excellente humeur, répondit-il enfin.

— Il ne vous a rien confié sur une éventuelle animosité à l’encontre du major Rich ?

— Grands dieux, non ! Ils étaient comme les deux doigts de la main.

— Il ne trouvait rien à redire à… à l’amitié de sa femme et du major Rich ?

Le visage du major vira au rouge brique :

— Vous avez gobé les insinuations et les mensonges de tous ces foutus journaux ! Bien sûr que non, il n’y trouvait rien à redire. Bon sang de bois, il s’est contenté de me déclarer : « Margharita y va, bien sûr. »

— Je vois. Maintenant, tout au long de la soirée... le comportement du major Rich… a-t-il bien été le même que d’ordinaire ?

— Je n’ai pas remarqué la moindre différence.

— Et madame ? Elle aussi, elle était comme d’habitude ?

— Eh bien, réfléchit-il, maintenant que vous m’y faites penser, elle s’est montrée un peu silencieuse. Un peu songeuse et la tête ailleurs, quoi.

— Qui est arrivé en premier ?

— Les Spence. Ils étaient là quand j’ai enfin montré mon nez. J’étais en fait passé chez Mrs Clayton pour la prendre, mais elle était déjà partie. Ce qui fait que j’ai été bon dernier.

— Et comment vous êtes-vous distraits ? Vous avez dansé ? Vous avez joué aux cartes ?

— Un peu des deux. Mais d’abord dansé.

— Vous étiez cinq ?

— Oui, mais ça ne posait pas de problème, parce que je ne danse pas. J’ai mis les disques et les autres ont dansé.

— Qui a le plus dansé avec qui ?

— Eh bien, en réalité, les Spence aiment danser ensemble. Ils sont un peu fanatiques et sectaires, sur la question : figures compliquées, pas inédits et tout et tout.

— Ce qui fait que Mrs Clayton a presque exclusivement dansé avec le major Rich ?

— Il y a de ça, oui.

— Et puis vous avez joué au poker ?

— Oui.

— Et quand êtes-vous parti ?

— Bah ! assez tôt. Un peu après minuit.

— Vous êtes partis tous ensemble ?

— Oui. Nous avons en fait partagé un taxi, qui a commencé par déposer Mrs Clayton, puis moi, et les Spence l’ont gardé pour filer jusqu’à Kensington.

La visite suivante fut pour Mr et Mrs Spence. Seule Mrs Spence se trouvait chez elle, mais ses précisions concernant la soirée corroboraient les dires du major Curtiss, à ceci près qu’elle y ajouta quelques propos acides quant à l’insolente chance aux cartes affichée par le major Rich.

Un peu plus tôt dans la matinée, Poirot avait téléphoné à Scotland Yard et demandé à parler à l’inspecteur Japp. Ce qui nous valut, quand nous arrivâmes à l’appartement du major Rich, d’y être reçus par son valet, Burgoyne, qui nous attendait. Les déclarations dudit valet furent claires et précises. Mr Clayton était arrivé à 8 heures moins vingt. Malheureusement, le major Rich venait tout juste de sortir. Mr Clayton avait dit qu’ayant un train à prendre, il ne pouvait attendre, mais qu’il allait griffonner un mot. Il était donc entré au salon pour ce faire. Burgoyne n’avait pas entendu son maître rentrer, ce qui n’avait rien de surprenant étant donné qu’il était occupé à lui faire couler un bain et que, de toute façon, le major Rich avait sa clef. À son avis, c’était dix minutes plus tard que son maître l’avait appelé pour l’envoyer chercher des cigarettes. Non, lui-même n’était pas entré au salon à ce moment-là. Le major lui avait donné ses ordres depuis le seuil de la pièce. Il était revenu avec les cigarettes cinq minutes plus tard et était cette fois entré au salon où il avait trouvé son maître seul, en train de fumer, planté devant la fenêtre. Ce dernier lui avait demandé si son bain était prêt et, s’étant entendu répondre par l’affirmative, s’en était allé le prendre. Lui, Burgoyne, n’avait pas mentionné Mr Clayton, persuadé qu’il était que son maître l’avait trouvé dans la place et reconduit lui-même jusqu’à la porte. Le comportement de son maître avait été en tout point semblable à celui qu’il lui connaissait d’ordinaire. Il avait pris son bain, s’était changé et, peu après, Mr et Mrs Spence étaient arrivés, suivis plus tard de Mrs Clayton puis du major Curtiss.

Il ne lui avait pas un instant traversé l’esprit, expliqua Burgoyne, que Mr Clayton ait pu se retirer avant le retour de son maître. Pour ce faire, Mr Clayton aurait dû claquer la porte derrière lui et, cela, le valet était sûr qu’il l’aurait entendu. Toujours sur le même ton impersonnel, Burgoyne en vint à sa découverte du cadavre. Pour la première fois, mon attention se porta sur le bahut fatal. Il s’agissait d’un meuble de belle taille, placé contre le mur à côté du phonographe et de son casier à disques. Il était fait de bois ciré très sombre et abondamment clouté de cuivre. Le couvercle s’ouvrait sans peine. Je regardai à l’intérieur et frissonnai. Encore qu’il ait été nettoyé, de sinistres taches y perduraient.

Soudain, Poirot poussa une exclamation :

— Ces trous, là… ils sont bizarres !

Les trous en question se trouvaient à l’arrière du bahut, côté mur. Il y en avait trois ou quatre. Leur diamètre était à vue de nez d’un petit centimètre et ils donnaient l’impression très nette d’avoir été récemment percés.

Poirot se pencha pour les étudier de plus près, puis jeta un regard interrogateur au valet.

— C’est en effet curieux, monsieur, répondit ce dernier. Je ne me rappelle pas les avoir déjà vus, encore que j’aie pu ne pas les remarquer.

— C’est sans importance, trancha Poirot.

Refermant le couvercle du bahut, il recula jusqu’à s’adosser à la fenêtre. Puis il posa brusquement une question :

— Dites-moi. Quand vous avez rapporté les cigarettes à votre maître, rien n’était-il dérangé dans la pièce ?

Burgoyne hésita un moment, puis répondit non sans se faire quelque peu tirer l’oreille :

— C’est drôle que vous me parliez de ça, monsieur. Maintenant que vous le dites, oui, j’ai remarqué un détail. Ce paravent, là, qui protège l’entrée de la chambre des courants d’air… il était tiré un peu plus sur la gauche.

— Comme ceci ?

Poirot avait lestement retraversé le salon et tiré le paravent de côté. C’était un bel objet de cuir peint. Et, alors qu’il n’avait jusqu’à présent fait que masquer un angle du bahut, il en dissimulait maintenant, là où Poirot l’avait placé, la totalité.

— C’est très juste, monsieur, approuva le valet. Il était comme cela.

— Et le lendemain matin ?

— Il était encore ainsi. Je m’en souviens. C’est en le repoussant que j’ai remarqué la tache. Le tapis est au nettoyage, monsieur. C’est pourquoi le parquet est nu.

Poirot hocha la tête :

— Je comprends. Je vous remercie.

Il glissa un billet craquant dans la main du valet.

— Oh ! merci, monsieur.

— Poirot, demandai-je quand nous nous retrouvâmes dans la rue, cette précision au sujet de l’emplacement du paravent… c’est un bon point pour Rich ?

— C’est au contraire un détail qui l’enfonce davantage, maugréa Poirot, lugubre. Le paravent dissimulait le bahut aux gens qui se trouvaient dans la pièce. Il leur dissimulait aussi la tache sur le tapis. Tôt ou tard, le sang allait forcément suinter par les interstices du bois et venir tacher le tapis. Le paravent en éviterait dans un premier temps la découverte. Oui… mais il y a là quelque chose que je ne comprends pas. Le valet, Hastings, le valet.

— Eh bien quoi, le valet ? Il m’a fait l’effet d’un garçon très intelligent.

— Comme vous dites, très intelligent. Est-il en ce cas crédible que le major Rich ne se soit pas un instant avisé de ce que son valet découvrirait obligatoirement le cadavre le lendemain matin ? Sitôt après son crime, il ne disposait de temps pour rien… d’accord ? Il fourre le cadavre dans le bahut, tire le paravent pour masquer l’ensemble et fait des prières pour que la soirée se passe sans encombre. Mais une fois ses hôtes partis ? Nul doute qu’il n’ait eu là le temps de se débarrasser du corps.

— Peut-être escomptait-il que le valet ne remarquerait pas la tache ?

— Ça, mon bon ami, c’est absurde. Un tapis maculé de sang est bien la première chose que remarque immanquablement un bon domestique. Et cependant que fait le major Rich ? Il se met au lit sans se soucier de rien et ronfle tout son soûl. Voilà qui est très remarquable et fort intéressant.

— Curtiss n’aurait-il pas pu voir les taches quand il changeait les disques ? suggérai-je.

— C’est peu vraisemblable. Le paravent devait projeter là une ombre épaisse. Non, mais je commence à y voir clair. Oui, je commence à y voir clair.

Notre visite suivante fut pour le médecin qui avait examiné le cadavre. Son témoignage se borna à récapituler ce qu’il avait déjà déclaré lors de l’enquête. Le défunt avait été frappé au cœur au moyen d’une lame longue et fine, une sorte de stylet. L’arme était restée dans la plaie. La mort avait été instantanée. Le stylet était la propriété du major Rich et traînait d’habitude sur son bureau. D’après ce qu’avait compris le médecin, il ne portait pas d’empreintes. Il avait été soit tenu avec un mouchoir, soit essuyé après coup. En ce qui concernait l’heure du crime, elle se situait quelque part entre 7 et 9.

— Il n’aurait pas pu, par exemple, être tué après minuit ? s’enquit Poirot.

— Non. Et là, je suis catégorique. Dix heures du soir au grand maximum… mais de 7 heures et demie à 8 heures me semble le plus vraisemblable.

— Il y a bel et bien une seconde hypothèse possible, me confia Poirot quand nous fûmes de retour à la maison. Je me demande, Hastings, si vous l’entrevoyez. Pour moi, c’est une affaire entendue, et il ne me manque qu’un détail pour éclaircir la question pour de bon.

— Grand bien vous fasse, répliquai-je. En ce qui me concerne, je n’entrevois rien du tout.

— Faites donc un effort, Hastings. Rien qu’un petit effort.

— Très bien, capitulai-je. À 8 heures moins vingt, Clayton se porte comme vous et moi. La dernière personne à le voir vivant est le major Rich…

— Du moins le pensons-nous.

— Allons bon ! Ce ne serait pas le cas ?

— Vous oubliez, mon bon ami, que le major Rich l’a toujours nié. Il n’a cessé d’explicitement déclarer que Clayton était parti quand lui-même est rentré.

— Mais le valet affirme qu’il aurait entendu Clayton partir parce que la porte aurait claqué. De plus, si Clayton était parti, quand serait-il revenu ? Il ne pouvait pas revenir après minuit pour l’excellente raison que le médecin affirme qu’il était mort au minimum deux heures avant. Ce qui ne nous laisse qu’une seule éventualité.

— Oui, mon bon ami ? ronronna Poirot.

— À savoir que, pendant les cinq minutes au cours desquelles Clayton est resté seul au salon, quelqu’un d’autre est entré pour le tuer. Mais là, nous nous heurtons à la même objection. Seul le détenteur d’une clef aurait pu s’introduire dans l’appartement sans que le valet le sache et, toujours dans le même ordre d’idées, l’assassin, en sortant, aurait dû lui aussi claquer la porte, ce qu’encore une fois le valet n’aurait pas manqué d’entendre.

— Exactement, approuva Poirot. Et par conséquent…

— Et par conséquent… rien, marmonnai-je. Je ne vois aucune autre solution.

— Quel dommage, fit mine de s’apitoyer Poirot. Alors que c’est en réalité si incroyablement simple… aussi merveilleusement limpide que les beaux yeux bleus de cette chère petite Mrs Clayton.

— Vous croyez vraiment que…

— Je ne crois rien tant que je n’ai pas de preuve. Mais la plus infime d’entre elles me convaincra.

Il décrocha le téléphone et appela Japp à Scotland Yard.

Vingt minutes plus tard, nous avions devant nous sur une table un petit tas d’objets divers : le contenu des poches du mort. Il y avait là un mouchoir, une poignée de menue monnaie, un portefeuille renfermant trois livres et dix shillings ainsi que quelques factures et une photo écornée de Margharita Clayton. Il y avait en outre un canif, un stylo à plume d’or et un encombrant manche de bois à système.

C’est sur ce dernier que fondit Poirot. Il le dévissa et plusieurs lames d’outils en jaillirent.

— Vous voyez, Hastings : une vrille et tout ce que vous voudrez. Ah ! ce ne serait guère l’affaire que de quelques minutes de forer quelques trous dans le bois d’un bahut avec ça.

— Ces trous que nous avons vus ?

— Précisément.

— Vous voulez dire que c’est Clayton qui les a forés lui-même ?

— Mais oui, mon bon ami, mais oui ! Que vous ont-ils suggéré, ces trous ? Ils n’avaient pas été forés pour qu’on puisse voir au travers, puisqu’ils étaient situés à l’arrière du bahut. Quelle pouvait donc bien être leur utilité ? Laisser pénétrer de l’air, non ? Mais nul ne se soucierait de procurer de l’air à un cadavre, donc ils n’avaient manifestement pas été forés par l’assassin. Ils indiquent une chose, ces trous… et une seule : qu’un homme allait se cacher dans ce bahut. Et aussitôt, à partir de cette hypothèse, tout devient clair et intelligible. Mr Clayton est jaloux des sentiments qui unissent sa femme au major Rich. Il use du stratagème vieux comme le monde qui consiste à se prétendre appelé au loin. Il regarde Rich sortir, obtient d’être introduit, est laissé seul pour rédiger un mot, creuse rapidement ces trous et s’installe en chien de fusil dans le bahut. Sa femme va venir ce soir-là. Peut-être Rich se débarrassera-t-il de ses autres invités, peut-être restera-t-elle après que les autres seront partis, à moins qu’elle ne fasse semblant de partir avec eux pour revenir ensuite. Quoi qu’il puisse se passer, Clayton en aura le cœur net. Tout vaut mieux que les abominables tourments du doute qu’il lui faut endurer.

— Selon vous, Rich l’aurait donc tué après le départ des autres ? Mais le médecin a dit et répété que c’était impossible.

— J’entends bien. Aussi a-t-il dû être tué, voyez-vous, Hastings, au cours de la soirée.

— Mais tout le monde se trouvait dans la pièce !

— Précisément, martela Poirot d’un ton grave. Vous rendez-vous compte de la beauté de la chose ? « Tout le monde se trouvait dans la pièce. » Quel alibi ! Et, de surcroît, quel sang-froid… quel cran… quelle audace !

— Je persiste à ne pas comprendre.

— Qui s’est rendu derrière ce fameux paravent pour remonter le phonographe et changer les disques ? Phonographe et bahut se trouvaient côte à côte, souvenez-vous-en. Les autres dansent... le phonographe égrène sa musique. Alors l’homme qui ne danse pas soulève le couvercle du bahut et, le stylet qu’il avait glissé dans sa manche, il le plonge dans le cœur du malheureux qui s’était caché là.

— Impossible ! Ce type aurait crié.

— Pas s’il avait été préalablement drogué.

— Drogué ?

— Oui. Avec qui Clayton avait-il pris un verre à 7 heures et demie ? Ah ! Vous commencez à ouvrir les yeux. Curtiss ! C’est Curtiss qui s’est ingénié à instiller dans son esprit le venin du soupçon à l’encontre de Rich et de sa femme. C’est Curtiss qui suggère le plan consistant à feindre de partir pour l’Ecosse, à se cacher dans le bahut non sans avoir, au préalable, apporté la touche finale en déplaçant le paravent et ce non pas tant pour que Clayton puisse soulever un peu le couvercle afin d’éviter les crampes... non, pour que lui, Curtiss, puisse le soulever sans se faire remarquer. Ce plan est l’œuvre de Curtiss, et notez la beauté de la chose, Hastings : si Rich avait remarqué le déplacement du paravent et l’avait repoussé à l’endroit qu’il occupait d’ordinaire… aucun problème. Il en aurait aussitôt échafaudé un autre. Clayton se cache donc dans le bahut, le léger narcotique que Curtiss lui a administré fait lentement son effet. Il sombre dans l’inconscience. Curtiss soulève le couvercle et frappe… tandis que le phonographe continue à jouer Walking my baby back home.

Je recouvrai la voix :

— Pourquoi ? Mais pourquoi ? Poirot haussa les épaules :

— Pourquoi un homme s’est-il tiré une balle dans la tête ? Pourquoi deux Italiens se sont-ils battus en duel ? Curtiss est de tempérament sombre et passionné. Il voulait Margharita Clayton. Après l’élimination de son mari et la condamnation de Rich pour meurtre, elle se serait, du moins le pensait-il, tournée vers lui. (Il ajouta, rêveur :) Ces petites femmes aux airs de sainte nitouche... ce sont des dangers publics. Mais, Dieu tout-puissant ! ce meurtre, quel sens artistique, quel chef-d’œuvre ! Cela me serre le cœur que d’envoyer à la potence un homme comme celui-là. J’ai beau être un génie moi-même, je n’en demeure pas moins capable de saluer le génie chez les autres. Un crime parfait, mon bon ami. C’est moi, Hercule Poirot, qui vous le dit. Un crime parfait. Épatant !

Traduit de l’anglais par Michel Averlant

Bienvenue dans le lecteur interactif

Table des matières

Naviguez entre les chapitres et sections depuis la barre latérale.

Recherche dans le livre

Recherchez dans tout le contenu du livre avec Ctrl+K.

Outils de lecture

Contrôlez la taille de police, la hauteur de ligne et l'espacement.

Changer le thème

Basculez entre le mode clair et sombre. Appui long pour plus d'options.

Signets

Enregistrez vos positions de lecture et revenez-y plus tard.

Annotations

Sélectionnez du texte pour le surligner et ajouter des notes privées.

Chat IA

Posez n'importe quelle question sur le livre via le chatbot IA.

Outils de sélection de texte

Sélectionnez du texte pour clarifier, traduire, écouter ou citer.

Lecteur audio

Écoutez les chapitres avec une narration audio de haute qualité.

Partager

Partagez un chapitre ou une citation sur les réseaux sociaux.

Lecteur eBook

Passez au lecteur EPUB pour une expérience de lecture différente.

Outils créatifs IA

Post social

Générez des images IA pour les réseaux sociaux à partir de citations avec le portrait de l'auteur.

Image de citation

Créez de belles cartes de citation avec le portrait de l'auteur, prêtes à partager ou télécharger.

Histoires illustrées

Transformez les scènes du livre en planches BD générées par l'IA via le chatbot.