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Chapitre 8

Dans la chambre qui avait été celle d’Arlena Marshall, deux larges baies vitrées donnaient sur un balcon d’où l’on apercevait la grande plage et, au-delà, la mer.

Le soleil, qui inondait la pièce, faisait miroiter sur la coiffeuse une ébouriffante collection de pots et de flacons. Il y avait là toutes les variétés de cosmétiques et d’onguents connues des instituts de beauté.

Trois hommes s’affairaient méthodiquement dans cette atmosphère archi-féminine.

L’inspecteur Colgate, qui ouvrait et refermait des tiroirs, annonça d’un grognement qu’il venait de faire une découverte : un paquet de lettres dont il entreprit l’examen avec le colonel Weston.

De son côté, Hercule Poirot avait ouvert les deux battants de la penderie et se trouvait face à une forêt de robes élégantes et de tenues décontractées. Sur des rayons, s’empilait de la lingerie vaporeuse. Un rayonnage plus haut était réservé aux chapeaux : deux de plage en carton bouilli : l’un d’un rouge laque, l’autre d’un jaune pâle, une grande paille de style hawaïen, une chose languissante en linon bleu foncé, trois ou quatre bibis ridicules qui, sans aucun doute, avaient coûté chacun beaucoup plus que leur pesant de guinées, une espèce de béret bleu foncé, un toupillon – il n’y avait pas d’autre mot – de velours noir, un turban gris pâle.

Hercule Poirot les passa en revue, un sourire indulgent aux lèvres.

— Ah, les femmes ! murmura-t-il.

Le colonel Weston repliait les lettres.

— Trois de ce jeune crétin de Redfern, annonça-t-il. Ah là là ! Dans quelques années, il saura qu’on n’écrit pas. Les femmes jurent qu’elles brûlent vos lettres mais elles les gardent toujours. Tiens, en voilà une autre du même tonneau.

Il la tendit au détective.

 

Arlena chérie,

 

J’ai un cafard noir. Partir pour la Chine et ne pas te voir pendant des années et des années, peut-être… Je t’aime comme un fou. Je ne savais pas qu’on pouvait aimer à ce point si longtemps. Merci pour le chèque. Il n’y aura pas de poursuites, maintenant. Mais ça n’est pas passé loin. Et tout cela parce que je voulais gagner des millions pour toi. Me pardonneras-tu ? Je voulais accrocher des diamants à tes oreilles, tes oreilles adorables, et mettre à ton cou les plus belles perles du monde… mais il paraît que les perles ne sont plus à la mode. Une émeraude fabuleuse, alors ? Oui, voilà ce que je veux pour toi. Une magnifique émeraude, froide et verte et pleine de feux cachés… Pense à moi, mais tu ne m’oublieras pas, je le sais, tu es à moi, pour toujours.

 

Adieu, adieu, adieu, J.N.

 

— Ça serait intéressant de savoir si ce J.N. est réellement parti pour la Chine, dit Colgate. Sinon, il ferait bien l’affaire. Amoureux fou, à plat ventre devant sa déesse et s’apercevant un beau jour qu’elle s’est payé sa tête. Ça ne m’étonnerait pas qu’il s’agisse du garçon dont a parlé miss Brewster. Oui, j’ai l’impression qu’il y a quelque chose à tirer de cette lettre.

Poirot hocha la tête :

— Oui, cette lettre est très importante. Très importante, à mon avis.

Il jeta un dernier regard dans la pièce, enregistrant machinalement la coiffeuse encombrée de flacons, l’armoire ouverte et un gros Pierrot de chiffon qui se prélassait insolemment sur le lit.

Ils passèrent dans la chambre voisine, celle de Kenneth Marshall.

Les deux pièces ne communiquaient pas. La chambre du capitaine, plus petite que celle de sa femme mais avec la même vue, n’avait pas de balcon. Entre les deux fenêtres était accroché un miroir doré. Dans l’angle de celle de droite se trouvait la coiffeuse où étaient disposés deux brosses en ivoire, une brosse à vêtements et un flacon de lotion capillaire. À gauche, sur une table qui servait de bureau, il y avait une machine à écrire avec une pile de papiers rangée à côté.

Colgate les parcourut rapidement.

— Tout ça a l’air parfaitement normal, dit-il. Ah, voilà la lettre dont Marshall a parlé ce matin. Datée du 24, c’est-à-dire d’hier, et voilà l’enveloppe oblitérée à Leathercombe ce matin. Ça me paraît régulier. On va bien voir s’il a pu préparer sa réponse à l’avance, conclut-il en s’asseyant.

— Pendant ce temps, nous allons jeter un œil aux autres chambres, dit Weston. J’ai fait interdire l’accès au couloir, mais ils commencent tous à piaffer.

Le colonel et Poirot entrèrent dans la chambre de Linda. Orientée à l’est, elle donnait sur les rochers qui plongeaient dans la mer.

— Je ne pense pas qu’il y ait grand-chose pour nous ici, dit Weston après un coup d’œil circulaire. Bien sûr, Marshall aurait pu y cacher quelque chose qu’il voulait soustraire aux recherches, mais j’en doute. Après tout, il n’y a pas d’arme à faire disparaître dans cette affaire.

Il sortit.

Poirot s’attarda cependant. La cheminée l’intéressait. On y avait récemment brûlé quelque chose. Il s’agenouilla et tira patiemment des cendres ses trouvailles qu’il aligna sur une feuille de papier. Une plaque informe de bougie fondue, des morceaux de papier ou de carton vert qui semblaient provenir d’une éphéméride car sur un fragment non consumé on voyait un gros « 5 » et sur un autre quelques mots imprimés : « … nobles actions… ». Il y avait également une épingle ordinaire et un conglomérat qui aurait pu être des cheveux carbonisés.

Poirot arrangea proprement sa pêche et la considéra.

— « Tes nobles actions, accomplis-les, ne te contente pas de les rêver », murmura-t-il. Peut-être… Mais quel est le sens de tout ça ? C’est abracadabrant !

Puis il saisit l’épingle, et son regard vert prit un éclat intense :

— Saperlipopette ! Serait-ce possible ?

Il se releva et regarda tout autour de lui avec sur le visage une expression nouvelle. Une expression grave, presque sévère.

À gauche de la cheminée, il y avait une étagère avec une rangée de livres. Il s’approcha et lut les titres : une Bible, un exemplaire fatigué du théâtre de Shakespeare, Le Mariage de William Ashe de madame Humphry Ward, La Jeune Belle-Mère de Charlotte Yonge, Le Gars du Shropshire, Meurtre dans la Cathédrale d’Eliot, Sainte Jeanne de Bernard Shaw, Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell et La Chambre ardente de John Dickson Carr.

Il prit deux de ces livres, La Jeune Belle-Mère et William Ashe, et examina le tampon à demi effacé sur la page de garde. En les remettant en place, il aperçut, caché derrière les autres, un petit volume relié de cuir marron. Il le prit et l’ouvrit.

— J’avais donc raison, se congratula-t-il en hochant lentement la tête. Oui, j’avais raison. Mais pour l’autre… est-ce possible ? Non, sûrement pas, à moins que…

Il resta là, immobile, lissant ses moustaches, tandis que son esprit fonctionnait à toute allure.

— À moins que…, répéta-t-il à mi-voix.

 

*

 

Weston apparut sur le seuil.

— Toujours là, Poirot ?

— J’arrive, j’arrive, s’écria ce dernier en rejoignant à la hâte le colonel dans la chambre des Redfern.

D’un coup d’œil, il releva machinalement les marques de deux personnalités opposées : une netteté méticuleuse, facilement associée à Christine, et un désordre pittoresque qui allait bien avec Patrick. En dehors de cet éclairage sur le caractère de ses occupants, la pièce ne l’intéressa pas.

Dans la chambre suivante, en revanche, celle de Rosamund Darnley, il s’attarda un moment avec délectation. Il nota les livres sur la table de chevet, la luxueuse simplicité des objets de toilette posés sur la coiffeuse. Et le parfum subtil et coûteux de la jeune femme qui flottait dans la pièce.

Au bout du couloir, après la chambre de Rosamund Darnley, une porte-fenêtre ouvrait sur un balcon, avec un escalier extérieur qui descendait jusqu’aux rochers.

— C’est par là que passent les amateurs de baignade matinale, dit Weston. Du moins, ceux que les rochers ne gênent pas.

Une lueur d’intérêt dans le regard, Poirot se pencha au balcon. Un sentier menait à des marches taillées en zigzag dans le roc jusqu’à la mer. Un autre sentier contournait l’hôtel par la gauche.

— On pourrait descendre par là, contourner l’hôtel et rejoindre la route de la jetée, observa-t-il.

— On peut même traverser l’île sans du tout passer par l’hôtel, ajouta Weston… Mais il y a quand même un risque d’être vu d’une fenêtre.

— Laquelle ?

— Deux salles de bains communes ont la vue de ce côté – au nord –, ainsi que la salle de bains du personnel et le vestiaire du rez-de-chaussée. Et aussi la salle de billard.

Poirot hocha la tête :

— Mais à l’exception de la dernière, les vitres sont en verre dépoli. Et on ne joue pas au billard par un beau matin d’été.

— Très juste.

Il y eut un silence.

— Si c’est lui l’assassin, c’est par là qu’il est passé, reprit Weston.

— Vous voulez dire le capitaine Marshall ?

— Oui. Chantage ou pas chantage, pour moi, c’est toujours lui. Et puis son comportement… son comportement est assez fâcheux.

— Sans doute, ironisa Poirot, mais depuis quand le comportement fait-il le meurtrier ?

— Alors, pour vous, il est hors du coup ? gémit Weston. Poirot secoua la tête :

— Non, je ne serais pas aussi affirmatif.

— Nous verrons bien ce qu’il restera de son alibi après les vérifications de Colgate, décréta Weston. En attendant, je dois interroger la femme de chambre de l’étage. Son témoignage peut être déterminant.

Gladys Narracott, âgée d’une trentaine d’années, rapide, efficace et vive, répondit avec assurance aux questions de la police.

Le capitaine Marshall était monté peu après 10 heures et demie. Elle était en train de finir sa chambre. Il lui avait demandé de faire au plus vite. Elle ne l’avait pas vu revenir mais avait entendu le cliquetis de la machine à écrire peu de temps après, vers 11 heures moins 5, estimait-elle. Elle se trouvait alors dans la chambre de Mr et madame Redfern. Ensuite, elle avait fait celle de miss Darnley, au bout du couloir. De là, elle ne pouvait pas entendre la machine à écrire. Il devait être alors 11 heures : en entrant dans la chambre, elle avait entendu sonner la cloche de l’église de Leathercombe. À 11 heures et quart, elle était de retour à l’office pour prendre sa tasse de, thé et manger un morceau. Ensuite, elle avait poursuivi son travail dans l’autre aile du bâtiment.

En résumé, elle déclara avoir fait les chambres dans l’ordre suivant : celle de miss Linda d’abord, les deux salles de bains communes, celle de madame Marshall, celle du capitaine, celle de Mr et madame Redfern, celle de miss Darnley. Toutes comportaient une salle de bains, sauf celles de Mr Marshall et de sa fille.

Non, de chez miss Darnley, elle n’avait entendu personne passer dans le couloir ou emprunter l’escalier extérieur, mais elle n’aurait sans doute rien entendu si quelqu’un avait marché sur la pointe des pieds.

Les questions de Weston portèrent ensuite sur madame Marshall.

Non, madame Marshall n’était pas matinale en général, et elle, Gladys Narracott, avait été étonnée de trouver la chambre vide à 10 heures à peine sonnées. C’était tout à fait inhabituel.

— Madame Marshall prenait toujours son petit déjeuner au lit ?

— Oh oui, monsieur, toujours. Elle prenait trois fois rien, d’ailleurs. Une tasse de thé, un jus d’orange, un toast. Pour sa ligne, comme beaucoup de darnes.

Non, en lui apportant son plateau, elle n’avait rien remarqué de particulier dans le comportement de madame Marshall. Elle avait l’air tout ce qu’il y a de normal.

— Que pensiez-vous de madame Marshall ? interrogea Poirot.

Gladys Narracott eut l’air choqué :

— Voyons, monsieur, ce n’est pas à moi de dire ça…

— Mais si, c’est à vous. Nous souhaiterions, nous souhaiterions beaucoup avoir votre sentiment.

Gladys chercha un secours du côté du colonel, lequel, en dépit du léger embarras où le mettaient les façons de son collègue étranger, s’efforça de lui exprimer bienveillance et approbation :

— Euh… oui, certainement. Allez-y, mon petit.

Gladys Narracott, que son assurance désertait soudain, se mit à tripoter nerveusement sa robe imprimée :

— Eh bien, madame Marshall… on pouvait pas dire que c’était exactement une dame. Enfin, je veux dire, elle était plutôt comme une actrice.

— C’était une actrice, souligna le colonel.

— Oui, monsieur, c’est ce que je disais. Elle se moquait bien de ce qu’on pouvait penser. Elle ne… eh bien, elle ne s’embarrassait pas de politesse si elle n’en avait pas envie. Avec elle, c’était des « mon chou », et puis, l’instant d’après, elle ne trouvait plus quelque chose, ou bien on ne répondait pas assez vite à son coup de sonnette, ou son linge n’était pas prêt ou quoi, et elle vous traitait comme un chien. On ne peut pas dire qu’on l’aimait beaucoup, nous autres, monsieur. Mais elle avait de belles toilettes et puis, bien sûr, elle était très belle ! Alors les gens l’admiraient, c’est normal.

— Navré de devoir vous poser cette question, dit le colonel, mais il s’agit d’un point essentiel. Pouvez-vous nous dire comment cela se passait entre elle et son mari ?

— Vous ne… Ce n’est… Vous ne pensez pas que ce serait… lui ? demanda-t-elle après un instant d’hésitation.

— Et vous ? lui retourna Poirot.

— Oh, je m’en voudrais ! C’est un monsieur tellement bien, le capitaine Marshall. Il ne pourrait pas faire une chose pareille. Je suis bien sûre que non…

— Mais pas entièrement sûre – cela s’entend à votre voix.

— On lit tellement de choses dans les journaux, avoua-t-elle à contrecœur. Quand la jalousie s’y met… Si ce qu’on disait est vrai – et Dieu sait que ça faisait jaser – sur elle et Mr Redfern, je veux dire. Et la pauvre madame Redfern qui est tellement correcte et gentille ! Si c’est pas honteux, quand même ! Et Mr Redfern, c’est un monsieur bien, lui aussi, mais il faut croire que les hommes sont incapables de résister à une femme comme madame Marshall – une femme qui a l’habitude d’avoir ce qu’elle veut. Une épouse, ça doit passer sur beaucoup de choses, c’est sûr.

Cette considération arracha un soupir à Gladys Narracott :

— …Mais si le capitaine s’était rendu compte…

— Oui ? la pressa Weston.

— J’ai souvent pensé que madame Marshall avait peur que son mari apprenne la vérité.

— Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

— Oh, rien de précis. C’est juste une impression que j’ai eue parfois… qu’elle avait peur de lui. Il était toujours très courtois et tout, mais il n’était… il n’était pas facile.

— Mais vous n’avez rien de plus précis… des choses qu’ils se seraient dites, par exemple ?

Gladys Narracott secoua lentement la tête.

— Bien, soupira Weston, venons-en au courrier que madame Marshall a reçu ce matin. Vous pouvez nous en dire quelque chose ?

— Il y avait six ou sept lettres, monsieur. Je ne pourrais pas dire au juste.

— C’est vous qui les lui avez montées ?

— Oui, monsieur. On me les a données au bureau et je les ai posées sur le plateau du petit déjeuner.

— Quel genre de lettres, vous vous en souvenez ?

— Non, elles n’avaient rien de spécial. Il y avait des factures et aussi des prospectus. J’en ai retrouvé déchirés sur le plateau.

— Qu’en avez-vous fait ?

— Je les ai jetés à la poubelle. Un monsieur de la police est en train de la fouiller.

— Et le contenu des corbeilles à papier, qu’est-il devenu ?

— Il est aussi dans la poubelle.

— Hum. Bon. Je crois que ce sera tout, conclut le colonel en interrogeant Poirot du regard.

Celui-ci se pencha vers Gladys :

— Quand vous avez fait la chambre de miss Linda Marshall ce matin, avez-vous nettoyé la cheminée ?

— Il n’y avait rien à nettoyer, monsieur. Il n’y avait pas eu de feu.

— Il n’y avait rien dans l’âtre ?

— Non, monsieur, c’était tout propre.

— À quelle heure avez-vous fait sa chambre ?

— Vers 9 heures et quart, monsieur, quand elle est descendue prendre son petit déjeuner.

— Savez-vous si elle est remontée dans sa chambre ensuite ?

— Oui, monsieur, vers 10 heures moins le quart.

— Et elle est restée dans sa chambre ?

— Je crois bien que oui. Elle n’en est sortie qu’un peu avant 10 heures et demie. Elle avait l’air très pressé.

— Vous n’êtes pas retournée dans sa chambre ?

— Non, monsieur. Je l’avais terminée.

Poirot hocha la tête.

— Il y a encore une chose que j’aimerais savoir, dit-il. Qui est allé se baigner avant le petit déjeuner, ce matin ?

— Je ne sais pas pour l’autre aile et l’étage au-dessus, seulement pour celui-ci.

— C’est tout ce que je veux savoir.

— Eh bien, Mr Marshall et Mr Redfern, je pense. Ils vont se baigner tous les matins.

— Les avez-vous vus descendre ?

— Non, mais leurs affaires séchaient sur le balcon comme d’habitude.

— Et miss Marshall ? Elle n’est pas allée se baigner ?

— Non, monsieur, tous ses maillots étaient secs.

— Ah ! C’est cela que je voulais savoir.

— Mais elle y va presque tous les matins, précisa d’elle même Gladys Narracott.

— Et les trois autres ? Miss Darnley, madame Redfern et madame Marshall ?

— Madame Marshall, jamais. Miss Darnley, une ou deux fois, je pense. Et madame Redfern, c’est rare qu’elle se baigne avant le petit déjeuner, seulement s’il fait très chaud, mais en tout cas, pas ce matin.

Poirot hocha de nouveau la tête.

— Auriez-vous vu, par hasard, s’il manquait une bouteille quelconque dans l’une ou l’autre des chambres de cette aile ?

— Une bouteille ? Quel genre de bouteille, monsieur ?

— Malheureusement, je l’ignore. Mais si une bouteille – ou un flacon, pourquoi pas ! – avait disparu, vous le remarqueriez ?

— Sûrement pas chez madame Marshall en tout cas, monsieur. Il y en a une telle collection !

— Et dans les autres chambres ?

— Eh bien, chez miss Darnley, je ne suis pas sûre, elle a pas mal de crèmes et de lotions, elle aussi. Mais dans les autres chambres, oui, je le verrais. À condition que je fasse attention, évidemment, – je veux dire : si je regardais exprès.

— Et vous n’avez rien remarqué ?

— Non, mais je ne faisais pas attention, justement.

— Alors, peut-être pourriez-vous aller jeter un coup d’œil ?

— Tout de suite, monsieur.

Dès qu’elle s’en fut allée dans un froufrou empressé, Weston se tourna vers Poirot :

— À quoi rime tout cela ?

— C’est mon esprit ordonné, murmura Poirot, il se tourmente pour des broutilles. Ce matin, miss Brewster s’est baignée en bas des rochers et elle dit qu’elle a failli être assommée par une bouteille jetée d’une des fenêtres de l’hôtel. Eh bien, je veux savoir qui a jeté cette bouteille et pourquoi.

— Mon cher ami, n’importe qui peut l’avoir jetée.

— Pas du tout ! Pour commencer, elle n’a pu être jetée que d’une des fenêtres de la façade est, c’est-à-dire de l’une des chambres que nous venons de visiter. Maintenant, je vous le demande : si vous avez une bouteille ou un flacon vide sur votre coiffeuse ou dans votre salle de bains, qu’en faites-vous ? Je vais vous le dire, moi : vous jetez l’objet inutile dans la corbeille. Vous ne prenez pas la peine de sortir sur votre balcon pour l’envoyer dans la mer. D’abord, vous pourriez blesser quelqu’un, ensuite c’est se donner beaucoup de mal pour rien. Sauf si vous tenez à ce que personne ne mette la main sur cette bouteille ou sur ce flacon-là.

Weston le regarda fixement.

— L’inspecteur Japp, avec qui j’ai travaillé il n’y a pas bien longtemps sur une affaire, parle à qui veut l’entendre de votre fichu esprit tortueux. Aussi je vous en prie, ne venez pas me dire qu’Arlena Marshall n’a pas été le moins du monde étranglée, mais bel et bien empoisonnée au moyen d’une mystérieuse drogue provenant d’un mystérieux flacon.

— Non, non, je ne pense pas qu’il y avait du poison dans le flacon en question.

— Alors quoi ?

— Je n’en ai pas la moindre idée. C’est pour ça que ça m’intéresse.

Gladys Narracott ne tarda pas à revenir, légèrement essoufflée :

— Je suis désolée, monsieur, je ne vois rien qui manque. Je suis sûre que rien n’a disparu des chambres du capitaine Marshall, de miss Linda et de Mr et madame Redfern, et pratiquement sûre qu’il ne manque rien dans les affaires de miss Darnley non plus. Mais pour celles de madame Marshall, je ne pourrais pas affirmer. Il y en a trop, comme je le disais.

Poirot haussa les épaules :

— Tant pis. N’en parlons plus.

— Y a-t-il autre chose, messieurs ? demanda Gladys Narracott en tournant son regard de l’un à l’autre.

— Je ne crois pas, merci, dit Weston.

— Non, je vous remercie, dit Poirot. Vous êtes bien sûre, n’est-ce pas, que vous n’avez rien oublié ?

— A propos de madame Marshall, monsieur ?

— A propos de n’importe quoi. N’importe quoi d’inhabituel, d’insolite, d’inexplicable, de légèrement surprenant, d’un peu curieux – bref, n’importe quoi qui vous aurait fait penser ou dire à une collègue : « Tiens, c’est drôle… »

— Eh bien… mais ce n’est sûrement pas ce à quoi vous pensez, répondit Gladys d’une voix incertaine.

— Peu importe à quoi je pense ! Vous ne savez pas à quoi je pense. Il est donc vrai qu’à un moment donné, aujourd’hui, vous vous êtes dit, ou vous avez dit à une collègue : « Tiens, c’est drôle ! » ?

Il y avait mis le ton – désinvolte, vaguement étonné.

— En réalité, c’était trois fois rien. Juste une baignoire qui se vidait. Et j’ai dit à Elsie, à l’office, que c’était drôle que quelqu’un prenne un bain sur le coup de midi.

— Quelle baignoire ? Qui prenait un bain ?

— Ça, je ne saurais vous dire, monsieur. Nous avons entendu une baignoire se vider, c’est tout, et j’ai fait cette remarque à Elsie.

— Vous êtes sûre qu’il s’agissait bien d’une baignoire, pas d’un lavabo ?

— Oh, tout à fait, monsieur, impossible de confondre.

Poirot n’ayant plus rien à lui demander, Gladys Narracott reçut la permission de se retirer.

— Vous ne pensez quand même pas que cette histoire de baignoire est importante, Poirot ? Je veux dire, c’est sans rapport avec le meurtre. Il n’y avait pas de taches de sang à nettoyer. C’est ça le…

Weston s’interrompit.

— L’avantage de la strangulation, n’est-ce pas ? acheva Poirot. Pas de taches de sang, pas d’arme, rien à cacher ni à détruire. Tout ce qu’il faut, c’est de la force – et une âme d’assassin.

Il y avait une telle fureur dans cette remarque que Weston ne put se retenir de sursauter un brin.

Hercule se fendit d’un petit sourire d’excuse :

— Quoi qu’il en soit, c’est sans importance. N’importe qui peut avoir pris un bain. Madame Redfern avant d’aller jouer au tennis, Mr Marshall, miss Darnley. Absolument n’importe qui. Il n’y a rien de louche là-dedans.

On frappa à la porte et un policier passa sa tête :

— C’est miss Darnley, monsieur. Elle demande si elle peut vous voir un instant. Il y a quelque chose qu’elle a oublié de vous dire.

— Nous descendons, dit Weston.

 

*

 

Au rez-de-chaussée, ils tombèrent sur un Colgate au visage sombre :

— Juste une minute, monsieur.

Ils le suivirent dans le bureau de madame Castle.

— J’ai vérifié cette histoire de machine à écrire avec Heald, leur déclara l’inspecteur. Aucun doute : il faut une heure au minimum pour taper ce courrier. Plus, si vous devez vous arrêter par-ci par-là pour réfléchir. Pour moi, ça règle la question. Et écoutez ça.

Il brandit une lettre :

 

Mon cher Marshall, Désolé de te déranger pendant tes vacances mais nous avons un problème totalement imprévu avec les contrats Burley & Tender.

 

— Etc., etc. Datée du 24, d’hier donc. L’enveloppe a été oblitérée hier soir à Londres EC1 et à Leathercombe ce matin. Lettre et enveloppe tapées sur la même machine, et, vu le contenu, il est rigoureusement impossible que Marshall ait préparé sa réponse à l’avance : il y reprend les chiffres qui figurent dans cette lettre, et le tout est très compliqué.

— Hum, fit Weston, déçu, Ça met apparemment Marshall hors de cause. Il va donc falloir chercher ailleurs. Bon. J’ai là miss Darnley, qui attend un supplément d’entretien.

Rosamund, un peu nerveuse, affichait un sourire contrit :

— Je suis navrée. C’est sans doute sans importance. Mais on a des absences, parfois…

— Oui, miss Darnley ? fit Weston en lui désignant un siège.

Elle refusa d’un mouvement de tête qui fit danser sa chevelure brune :

— Oh, je ne vais pas m’asseoir pour si peu. Voilà : je vous ai dit que j’avais passé la matinée à Roc-Soleil. Ce n’est pas tout à fait exact. J’avais oublié qu’à un moment j’avais fait un saut jusqu’à l’hôtel, et retour.

— Quelle heure était-il, miss Darnley ?

— Environ 11 heures et quart.

— Vous avez donc, à ce moment-là, fait un saut jusqu’à l’hôtel, dites-vous ?

— Oui. J’avais oublié mes lunettes de soleil. Je me suis d’abord dit tant pis, et puis j’ai fini par avoir mal aux yeux alors je me suis décidée à aller les chercher.

— Vous avez juste fait l’aller et retour ?

— Oui. Enfin, en repartant, j’ai passé le nez chez Ken… chez le capitaine Marshall. Je l’entendais taper à la machine et je trouvais idiot de rester enfermé par un temps pareil. Je voulais lui dire de profiter du soleil.

— Et qu’a-t-il répondu ?

La jeune femme eut un sourire délicieusement confus :

— Eh bien, en fait, quand j’ai ouvert la porte, il tapait avec une telle ardeur, il avait un air si furieusement concentré, que je suis repartie sur la pointe des pieds. Je ne pense pas qu’il m’ait vue.

— Et cela se passait… à quelle heure, miss Darnley ?

— 11h20. J’ai regardé la pendule dans le hall, en sortant.

 

*

 

— Eh bien, voilà qui clôt le chapitre, grommela l’inspecteur Colgate. Gladys Narracott a entendu Marshall taper jusqu’à 11 heures moins 5, miss Darnley l’a vu à 11h20 et la victime est morte à midi moins le quart. Marshall déclare avoir passé une heure dans sa chambre à taper son courrier et le fait est apparemment qu’il était bel et bien en train de taper dans sa chambre. On peut oublier Marshall et…

Il s’interrompit et regarda Poirot avec curiosité :

— M. Poirot a soudain l’air bien sérieux. Quelque chose qui ne va pas ?

— Je me demandais pourquoi miss Darnley a éprouvé le besoin soudain de nous offrir ce supplément de preuve, répondit ce dernier, songeur.

— Ça vous parait louche ? demanda Colgate, l’oreille dressée. Il n’y a pas plus « d’oubli » que de beurre en branche, vous croyez ?

Il prit son temps pour examiner la question, puis dit lentement :

— Voyons les choses ainsi, voulez-vous ? Supposons que miss Darnley n’était pas à Roc-Soleil ce matin comme elle l’affirme, que cette histoire est de la pure invention. Maintenant, supposons qu’après nous avoir raconté ce bobard, elle découvre que quelqu’un l’a vue autre part ou bien que quelqu’un est allé à Roc-Soleil et ne l’y a pas trouvée. Vite, elle imagine une autre histoire et vient nous la livrer toute chaude, pour couper court aux questions. Elle a bien pris soin de préciser que Mr Marshall ne l’avait pas vue, vous avez remarqué ?

— Oui, j’ai remarqué ça, murmura Poirot.

— Vous êtes en train de suggérer que miss Darnley est impliquée là-dedans ? s’écria Weston d’une voix incrédule. Absurde. Je n’y crois pas un instant. Et d’abord quelle raison aurait-elle ?

Colgate toussota :

— Rappelez-vous ce qu’a dit l’Américaine, madame Gardener.

Elle a laissé entendre que miss Darnley en pinçait pour le capitaine Marshall. Ça nous ferait un mobile, monsieur.

— Arlena Marshall n’a pas été tuée par une femme ! s’impatienta le colonel. C’est un homme que nous cherchons, alors, s’il vous plaît, tenons-nous-en strictement aux hommes.

Colgate laissa échapper un soupir :

— Exact, vous avez raison, monsieur. Pas moyen de sortir de là.

— Occupons-nous plutôt de chronométrer les trajets. Mettez un agent là-dessus. Combien de temps de l’hôtel au sommet de l’échelle. En courant et en marchant. Même chose pour descendre l’échelle. Et on ferait bien de vérifier aussi le temps nécessaire pour aller en canoë de la grande plage à la crique.

— C’est comme si c’était fait, monsieur, s’empressa Colgate.

— Bien. Je pense que je vais aller à la crique, maintenant, voir où en est Phillips. Et puis il y a cette grotte. Il faudrait vérifier si on n’y trouve pas les traces de quelqu’un qui y aurait séjourné. Hein, Poirot, qu’en pensez-vous ?

— Tout à fait. C’est une possibilité.

— Si quelqu’un de l’extérieur s’est faufilé sur l’île, ça lui aurait fait la cachette idéale. À condition, bien sûr, qu’il en ait entendu parler. Les gens du coin connaissent son existence, je suppose ?

— Pas les jeunes, à mon avis, dit Colgate. Depuis la création de l’hôtel, les criques sont propriété privée. On n’y va plus pêcher ni pique-niquer. Et puis le personnel n’est pas de la région. Madame Castle elle-même est londonienne.

— Nous pourrions emmener Redfern, dit Weston. C’est lui qui en a parlé. Vous êtes de la partie, Poirot ?

Poirot hésita.

— C’est que je suis comme miss Brewster et madame Redfern, moi, baragouina-t-il dans un anglais que l’émotion rendait plus abominable encore que d’ordinaire. J’ai horreur de descendre des échelles à la verticale.

— Allez-y en bateau, suggéra Weston, arrangeant. Un soupir douloureux échappa à Poirot :

— Mon estomac réprouve les excursions en mer.

— Allez, allez, soldat ! tonna Weston. Beau fixe. Mer d’huile. Vous n’allez pas nous lâcher comme ça, pas question !

Hercule Poirot ne semblait pas du tout tenté de céder à ces britanniques exhortations. C’est alors que madame Castle fit voir ses mines distinguées et sa coiffure élaborée par la porte entrouverte :

— J’espère ne pas vous déranger, messieurs, mais le révérend Lane vient de rentrer. J’ai cru de mon devoir de vous en informer.

— Ah, très bien, madame Castle. Nous allons le recevoir tout de suite.

Madame Castle fit un pas plus avant.

— J’ignore s’il est utile que je vous en parle, mais il paraît qu’on ne doit négliger aucun détail, si infime soit-il…

— Oui ? l’interrompit Weston impatiemment.

— C’est juste à propos d’un monsieur et d’une dame qu’on a vus ici vers 1 heure. Ils venaient de Leathercombe. Pour déjeuner. Ils ont été informés qu’un accident ayant eu lieu, nous ne servions pas de repas.

— Vous avez une idée de qui il s’agissait ?

— Je ne saurais vous dire. Ils n’ont pas donné de nom, cela va de soi. Ils ont paru déçus et ont manifesté une certaine curiosité quant à la nature de l’accident susnommé. Mais je n’ai pas cru devoir me montrer plus explicite, comme vous le pensez bien. Ils m’ont semblé, personnellement, être un couple de touristes du meilleur genre…

— Merci de nous avoir prévenus, coupa Weston. Sans importance, probablement, mais tout à fait judicieux de nous informer.

— C’est pourtant bien naturel, se rengorgea madame Castle. Je tiens à faire mon Devoir !

— Très bien, très bien. Dites à Mr Lane de venir.

 

*

 

Stephen Lane, grand marcheur devant l’Éternel, investit le bureau en trois enjambées vigoureuses.

— Mr Lane, dit Weston, je suis le chef de la police du comté. Je suppose qu’on vous a mis au courant ?

— Oui… Oh oui… Dès mon retour. C’est effroyable… Effroyable…

Sa longue carcasse fut prise d’un tremblement. Sa voix se fit plus caverneuse encore qu’à l’accoutumée :

— Sans cesse… depuis le premier jour… je sens… je sens avec une effroyable intensité la présence des forces du mal. Je les sens ici… tout près.

Ses yeux, que dévorait un feu intérieur, se posèrent sur Poirot :

— Vous vous rappelez, monsieur Poirot ? Notre conversation, il y a quelques jours ? Au sujet de la réalité du mal ?

Weston observait non sans une certaine perplexité cette haute silhouette ascétique. Difficile de déchiffrer le bonhomme. Le regard de Lane croisa celui du colonel.

— Je gage que tout ceci doit vous paraître extravagant, monsieur, dit le révérend, avec un sourire inquiétant. Plus personne ne croit au Mal, de nos jours. On ne sait plus rien du Feu de l’Enfer ! On tourne le Diable en dérision ! Et pourtant, Satan et ses émissaires n’ont jamais été plus puissants !

— Euh, oui, sans doute, bredouilla Weston. Ça, c’est votre domaine, Mr Lane. Le mien est plus prosaïque j’ai un meurtre sur les bras.

— Meurtre ! vitupéra Stephen Lane. Quel mot terrible ! L’un des premiers péchés commis sur cette terre – le sang d’un frère innocent répandu sans pitié…

Ses yeux se fermèrent sur quelque terrifiante vision. Puis il demanda d’une voix presque normale :

— En quoi puis-je vous être utile ?

— Eh bien, commençons par ce que vous avez fait ce matin, Mr Lane.

— Volontiers. Je suis parti tôt pour une de mes randonnées. J’aime la marche. J’ai déjà pas mal exploré les environs. Aujourd’hui, je suis allé à St Petrock-in-the-Combe. À dix kilomètres d’ici environ – un parcours très agréable le long de petits chemins qui serpentent à travers les collines du Devon. J’avais emporté des sandwiches, je me suis arrêté dans un bosquet. Ensuite, j’ai visité l’église qui possède des fragments – rien que des fragments, hélas – d’ancien vitrail, et aussi un panneau peint, très intéressant.

— Merci, Mr Lane. Avez-vous rencontré quelqu’un sur votre route ?

— Personne à qui j’aie parlé. Une charrette m’a dépassé, ainsi que deux garçons à bicyclette et quelques vaches. Mais, sourit-il, si c’est une preuve que vous cherchez, j’ai inscrit mon nom sur le livre de l’église.

— Vous n’avez vu personne, dans ladite église ? Le vicaire ? Le gardien ?

Lane secoua la tête.

— Non, il n’y avait personne et j’étais le seul visiteur. St Petrock est loin de tout. Le village lui-même se trouve à presque un kilomètre de là.

— Ne vous formalisez pas, dit Weston avec bonhomie. Nous vérifions tous les emplois du temps. La routine, la routine et encore la routine. Pas moyen de faire autrement dans une affaire de ce genre.

— Oh, je comprends parfaitement, dit Lane, accommodant.

— Bien. Maintenant, savez-vous quoi que ce soit qui puisse nous éclairer ? À propos de la victime ? Un détail qui pourrait nous mettre sur la voie ? Quelque chose que vous auriez vu ou entendu ?

— Entendu, non, rien du tout. Tout ce que je peux vous dire, c’est ceci : dès que j’ai vu Arlena Marshall, j’ai su qu’elle était habitée par le mal. Elle était le mal incarné. La femme peut être le recours et l’inspiration de l’homme. Elle peut aussi être sa ruine. Elle peut le rabaisser au rang de la bête. La morte était de ces femmes. Elle entraînait les hommes à se vautrer dans l’abjection. Comme Jézabel et Aholibah. Et maintenant… la voilà frappée à mort dans sa dépravation ! Pas frappée, réagit Poirot… Étranglée ! Étranglée, Mr Lane, par une paire de mains humaines.

Les mains du pasteur se mirent à trembler. Ses doigts se crispèrent, se raidirent, comme tétanisés.

— C’est horrible… Horrible, chuchota-t-il, la voix brisée. Faut-il vraiment employer ces mots ?

— Ils ne sont que la vérité. A qui appartenaient ces mains, Mr Lane, en avez-vous une idée ?

Le révérend secoua éperdument la tête :

— Je ne sais rien… rien…

— Bien, dit Weston en se levant et en échangeant un bref regard avec Colgate, il est temps d’aller à la crique.

— C’est donc là-bas que… que ça s’est passé ?

Weston fit signe que oui.

— Puis-je… puis-je venir avec vous ?

Le colonel, qui s’apprêtait à répondre par la négative, fut devancé par Poirot :

— Mais certainement, Mr Lane. Accompagnez-moi en bateau. Nous partons tout de suite.

 

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