Scène XI
Don Juan, Sganarelle, La Violette, Ragotin.
Sganarelle, il faut songer à s’amender, pourtant.
Oui-da.
Oui, ma foi, il faut s’amender. Encore vingt ou trente ans de cette vie-ci, et puis nous songerons à nous.
Oh !
Qu’en dis-tu ?
Rien. Voilà le souper. (Il prend un morceau d’un des plats qu’on apporte, et le met dans sa bouche.)
Il me semble que tu as la joue enflée : qu’est-ce que c’est ? Parle donc. Qu’as-tu là ?
Rien.
Montre un peu. Parbleu ! c’est une fluxion qui lui est tombée sur la joue. Vite, une lancette pour percer cela ! Le pauvre garçon n’en peut plus, et cet abcès le pourrait étouffer. Attends : voyez comme il était mûr ! Ah ! coquin que vous êtes !
Ma foi, monsieur, je voulais savoir si votre cuisinier n’avait point mis trop de sel ou trop de poivre.
Allons, mets-toi là et mange. J’ai affaire de toi quand j’aurai soupé. Tu as faim, à ce que je vois.
Je le crois bien, monsieur, je n’ai point mangé depuis ce matin. Tâtez de cela, voilà qui est le meilleur du monde. (À Ragotin, qui, à mesure que Sganarelle met quelque chose sur son assiette, la lui ôte dès que Sganarelle tourne la tête.) Mon assiette, mon assiette ! Tout doux, s’il vous plaît. Vertubleu ! petit compère, que vous êtes habile à donner des assiettes nettes ! Et vous, petit La Violette, que vous savez présenter à boire à propos !
(Pendant que La Violette donne à boire à Sganarelle, Ragotin ôte encore son assiette.)
Qui peut frapper de cette sorte ?
Qui diable nous vient troubler dans notre repas ?
Je veux souper en repos, au moins, et qu’on ne laisse entrer personne.
Laissez-moi faire, je m’y en vais moi-même.
Qu’est-ce donc ? Qu’y a-t-il ?
Le… qui est là.
Allons voir, et montrons que rien ne me saurait ébranler.
Ah ! pauvre Sganarelle, où te cacheras-tu ?