Scène III
Don Juan, Monsieur Dimanche, Sganarelle, La Violette, Ragotin.
Ah ! Monsieur Dimanche, approchez. Que je suis ravi de vous voir, et quel mauvais gré je sais à mes gens de ne vous avoir pas fait entrer immédiatement ! J’avais donné ordre qu’on ne me laissât parler à personne ; mais cet ordre n’est pas pour vous, et vous êtes en droit de ne trouver jamais de porte fermée chez moi.
Monsieur, je vous suis fort obligé.
Parbleu ! coquins, je vous apprendrai à laisser Monsieur Dimanche dans une antichambre, et je vous ferai connaître les gens.
Monsieur, cela n’est rien.
Comment ! Vous dire que je n’y suis pas, à Monsieur Dimanche, au meilleur de mes amis !
Monsieur, je suis votre serviteur. J’étais venu…
Allons, vite, un siège pour Monsieur Dimanche.
Monsieur, je suis bien comme cela.
Point, point, je veux que vous soyez assis contre moi.
Cela n’est point nécessaire.
Ôtez ce pliant et apportez un fauteuil.
Monsieur, vous vous moquez ; et…
Non, non, je sais ce que je vous dois, et je ne veux point qu’on mette de différence entre nous deux.
Monsieur…
Allons, asseyez-vous.
Il n’est pas besoin, monsieur, et je n’ai qu’un mot à vous dire. J’étais…
Mettez-vous là, vous dis-je.
Non, monsieur, je suis bien. Je viens pour…
Non, je ne vous écoute point si vous n’êtes assis.
Monsieur, je fais ce que vous voulez. Je…
Parbleu ! Monsieur Dimanche, vous vous portez bien.
Oui, monsieur, pour vous rendre service. Je suis venu…
Vous avez un fonds de santé admirable, des lèvres fraîches, un teint vermeil et des yeux vifs.
Je voudrais bien…
Comment se porte madame Dimanche, votre épouse ?
Fort bien, monsieur, Dieu merci.
C’est une brave femme.
Elle est votre servante, monsieur. Je venais…
Et votre petite fille Claudine, comment se porte-t-elle ?
Le mieux du monde.
Quelle jolie petite fille ! Je l’aime de tout mon cœur.
C’est trop d’honneur que vous lui faites, monsieur. Je vous…
Et le petit Colin, fait-il toujours bien du bruit avec son tambour ?
Toujours de même, monsieur. Je…
Plus que jamais, monsieur, et nous ne saurions en venir à bout.
Ne vous étonnez pas si je m’informe des nouvelles de toute la famille, car j’y prends beaucoup d’intérêt.
Nous vous sommes, monsieur, infiniment obligés. Je…
Touchez donc là, monsieur Dimanche. Êtes-vous bien de mes amis ?
Monsieur, je suis votre serviteur.
Parbleu ! je suis à vous de tout mon cœur.
Vous m’honorez trop. Je…
Il n’y a rien que je ne fisse pour vous.
Monsieur, vous avez trop de bonté pour moi.
Et cela est sans intérêt, je vous prie de le croire.
Je n’ai point mérité cette grâce, assurément. Mais, monsieur…
Oh çà, monsieur Dimanche, sans façon, voulez-vous souper avec moi ?
Non, monsieur, il faut que je m’en retourne tout à l’heure. Je…
Allons, vite, un flambeau pour conduire monsieur Dimanche, et que quatre ou cinq de mes gens prennent des mousquetons pour l’escorter.
Monsieur, il n’est pas nécessaire, et je m’en irai bien tout seul. Mais…
(Sganarelle ôte les sièges promptement.)
Comment ? Je veux qu’on vous escorte, et je m’intéresse trop à votre personne. Je suis votre serviteur, et, de plus, votre débiteur.
Ah ! monsieur…
C’est une chose que je ne cache pas, et je le dis à tout le monde.
Si…
Voulez-vous que je vous reconduise ?
Ah ! monsieur, vous vous moquez ! Monsieur…
Embrassez-moi donc, s’il vous plaît. Je vous prie encore une fois d’être persuadé que je suis tout à vous, et qu’il n’y a rien au monde que je ne fisse pour votre service.
(Il sort.)