XIX
La vérité, à ce que m’a dit plus tard Régina, quand elle eut l’âge de sonder de l’œil son propre cœur, c’est qu’en adorant Clotilde elle aimait déjà deux êtres en elle sans s’en douter, son amie et le frère de son amie, qui se confondait dans son imagination avec elle tellement, qu’il lui était impossible de séparer les deux images, tant est puissante, dans une imagination solitaire qui ne se nourrit que d’une seule idée et d’un seul sentiment, la répercussion continue d’un seul être aimé sur le cœur ! Régina dédoublait dans sa pensée son amie pour l’aimer davantage en aimant son frère dans elle, et elle encore dans ce frère absent ! Je n’aurais jamais cru à ce phénomène qui dédouble et double l’être aime, et je l’aurais pris pour une conception imaginaire de poète, si je ne l’avais pas vu de mes yeux dans l’âme de Régina.