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Pat et Lancelot se promenaient dans les jardins, admirablement entretenus, de Yewtree Lodge.
— J’espère que tu ne te vexeras pas, dit Pat, si je déclare que je n’ai jamais rien vu de si laid…
— Tu ne me vexes pas, mais je ne sais pas si je suis de ton avis. Il y a ici trois jardiniers et ils sont consciencieux.
— Je n’en doute pas, mais tout ça manque de personnalité. Si j’avais un jardin, il aurait une autre figure… et il n’y aurait pas d’ifs !
Lancelot sourit.
— Association d’idées.
— Peut-être. Je ne puis m’empêcher d’avoir la chair de poule quand je songe à quelqu’un qui tue par le poison… Et quand je pense qu’il y a eu ici trois crimes successifs… Non, cet assassin ne peut pas avoir toute sa raison !
— J’ai bien peur que tu ne dises vrai.
Il avait parlé à voix très basse, comme pour lui-même. Haussant le ton, il poursuivit :
— Tu ne devrais pas rester ici, Pat ! Va à Londres ! Ou, si tu préfères, dans le Devonshire ou en Écosse, dans la région des lacs. Ou à Stratford-upon-Avon… Va n’importe où, mais ne reste pas ici ! La police ne s’opposera pas à ton départ. Tu n’es pour rien dans l’affaire, tu étais à Paris quand le paternel a été empoisonné et à Londres quand les deux autres sont mortes. Alors, éloigne-toi ! Toi ici, je ne suis pas tranquille.
Après un silence, elle dit, très simplement :
— Tu connais l’assassin, n’est-ce pas ?
— Non.
— Mais tu crois le connaître… et c’est pourquoi tu as peur pour moi ?… Dis-moi qui c’est !
— Je n’en sais rien, mais je donnerais n’importe quoi pour que tu ne restes pas ici !
— Non, mon chéri, je ne m’en irai pas. Je reste… Pour le meilleur ou pour le pire.
D’une voix lasse, elle ajouta :
— Malheureusement, avec moi, c’est toujours pour le pire !
— Qu’est-ce que ça veut dire, ça ?
— Ça veut dire que je porte la guigne. À tous ceux que j’approche, hélas !
— Tu es sotte, chérie ! Est-ce que tu m’as porté la guigne, à moi ? Il a suffi que je t’épouse pour que le pater me fasse venir et se réconcilie avec moi !
— Tu sais ce qui a suivi ? Je te le répète, je porte malheur.
— Superstition pure !
— Ne crois pas ça ! Il y a des gens qui portent malheur. Je suis du nombre.
Lancelot saisit sa femme aux épaules et la secoua vigoureusement.
— Ne dis pas des inepties de ce genre-là ! J’ai eu une grande chance dans ma vie : je t’ai épousée. Mets-toi bien ça dans la tête !
Il la lâcha, puis dit, plus calme :
— Cela dit, Pat, ne fais pas d’imprudences ! S’il y a un cinglé dans le secteur, je ne tiens pas à ce que ce soit toi qui effaces sa balle ! Quand je ne suis pas là, reste dans les jupes de cette vieille demoiselle… Marple, c’est bien ça ? Pourquoi la tante lui a-t-elle demandé de rester ici ? As-tu une idée ?
— Aucune. Mais, nous, Lance, combien de temps encore allons-nous rester ?
Il haussa les épaules.
— Difficile à dire.
— J’ai l’impression qu’on ne tient pas tellement à nous.
Avec un peu d’hésitation, elle ajouta :
— La maison, j’imagine, appartient maintenant à ton frère ?… Il nous verrait sans doute partir avec satisfaction.
Lance ricana.
— C’est une certitude !… Seulement, pour l’instant, il faut qu’il nous supporte !
— Et après, Lance, qu’est-ce que nous ferons ? Retournerons-nous en Afrique ?
— Tu le souhaites ?
Elle répondit oui d’un signe de tête.
— Tant mieux ! s’écria-t-il. Parce qu’il se trouve que je le souhaite aussi.
Un sourire illumina le visage de Pat.
— Je suis bien contente ! Figure-toi que, d’après ce que tu disais l’autre jour, je croyais que tu envisageais de ne pas quitter l’Angleterre !
Il lui adressa un clin d’œil plein de malice.
— Je n’y songe pas, Pat, mais il ne faut rien dire de nos projets ! Avant de m’en aller, je veux que mon cher frangin en bave un bon coup ! Je ne vois pas pourquoi je me laisserais posséder par lui !