Scène VI
Les mêmes, Catherine, le duc d’Alençon.
Nous voici ; que nous voulez-vous sire ?
Madame, je veux vous dire que j’ai choisi un régent qui puisse prendre en dépôt la couronne et qui la garde sous sa main et non sur sa tête. Ce régent, saluez-le, mon frère !… ce régent, c’est le roi de Navarre… Tenez, monsieur le régent, voici le parchemin qui, jusqu’au retour du roi de Pologne, vous donne le commandement des armées, la-clef du trésor, le droit et le pouvoir royal. (Catherine fait un mouvement.) Ah ! vous ne répondez pas ? vous n’obéissez pas ?
Non, je ne réponds pas ; non, je n’obéis pas ; car jamais ma race ne pliera la tête sous une race étrangère… Jamais un Bourbon ne régnera en France, tant qu’il y restera un Valois.
Madame, il ne faut pas longtemps pour donner un ordre, il ne faut pas longtemps pour punir des meurtriers et des empoisonneurs.
Eh bien, donnez-le donc cet ordre, si vous l’osez… En attendant, moi, je vais donner les miens… Venez, mon fils.
(Elle sort, entraînant d’Alençon.)
Nancey !… Nancey !… à moi !… je l’ordonne… je le veux… Nancey, arrêtez ma mère… mon frère… Ce sont eux qui… Ah !…
(Il tombe évanoui, étouffé par une gorgée de sang ; on le porte sur son lit.)
Gardez la porte, monsieur, et ne laissez entrer personne.
Mais au nom de qui me donnez-vous cet ordre, sire ?
En mon nom… Je suis régent de France. (De Nancey s’incline et sort.) Voici l’instant suprême… Faut-il vivre ?… faut-il régner ?…
(Une tapisserie se soulève de l’autre côté du lit du Roi.)