Scène VI
La Môle, Coconnas.
Lorsque je suis arrivé, il était en train de te fouiller, ce me semble ?
Oh ! mon Dieu, oui.
Et il t’a tout pris ?
Tout ! Mon tout n’était pas grand-chose…
Maintenant, comprends-tu ce qui nous arrive ?
Parfaitement.
Nous avons été trahis.
Par cet affreux duc d’Alençon.
Et crois-tu que notre affaire soit grave ?
J’en ai peur !
T’ont-ils interrogé ?
Oui ; et toi ?
Moi aussi ; mais, chose étrange, à peine m’ont-ils parlé de la fuite du roi de Navarre et de madame Marguerite ?
Justement ; et voilà ce qui m’a fort étonné : tout l’interrogatoire a roulé sur cette méchante figure de cire… Ils veulent que ce soit le portrait du roi.
Et tu n’as pas dit que ce fût celui de madame Marguerite ?
Non.
Qu’as-tu dit ?
Rien ; je leur ai ri au nez.
Cher Annibal !
Écoute, il paraît que nous avons, dans notre prison même maintenant, un protecteur invisible.
J’allais te le dire.
Tu t’en es donc aperçu ?
Oui ; mais toi ?
Écoute : ce matin, j’entends gratter à ma porte, et je vois un billet passer par-dessous.
Ce matin, une pierre tombe dans mon cachot, et je trouve une lettre attachée à cette pierre.
Le billet était de madame de Nevers, et contenait cette seule ligne : « Sois tranquille, cher Annibal, je t’aime. »
Cette lettre était de madame Marguerite, et elle renfermait ces quelques mots : « Bon courage, je veille. »
Et sais-tu qui a pu nous faire parvenir ces billets ?
Non.
Mordi ! j’ai pourtant grande envie de le savoir.