Quitter Lire le livre numérique

Annotations

Aucune annotation pour le moment

LE MYSTÈRE DES RÉGATES

Mr Isaac Pointz cessa de téter son cigare et poussa un soupir d'aise :

— Charmant comme tout, ce petit coin !

Ayant ainsi marqué Dartmouth Harbor du sceau de son approbation, il replanta son cigare entre ses dents et regarda autour de lui avec l'air du monsieur satisfait – satisfait de lui-même, de sa mine, de son environnement et de la vie en général.

À seule fin d'illustrer les deux premières de ces rubriques, disons tout de suite qu'à cinquante-huit ans, Mr Isaac Pointz jouissait d'une santé florissante si l'on excepte une légère insuffisance hépatique. Loin de l'obésité, il n'en était pas moins fort replet et l'uniforme de yachtman qu'il arborait présentement peut se révéler le plus cruel des costumes pour un quasi-sexagénaire quelque peu porté à l'embonpoint. Impeccable, Mr Pointz l'était cependant depuis ses galons de pacha jusqu'à ses boutons de guêtres, et son visage basané s'épanouissait sous la visière de sa casquette d'amiral. Quant à son environnement – il eût été plus correct de dire son entourage –, celui-ci comptait sept personnes : son associé, Léo Stein ; le couple sir George et lady Marroway ; un Américain avec lequel il entretenait des relations d'affaires, Samuel Leathern, toujours flanqué de sa fille Eve ; venaient enfin Mrs Rustington et Evan Llewellyn.

Cette manière de cour séjournait à bord du yacht de Mr Pointz, la Merrimaid. Et, après avoir assisté aux régates de la matinée, toute la compagnie avait débarqué pour profiter des joies simples de la fête foraine : jeux de massacre, femme à barbe, araignée humaine, autos tamponneuses et manèges de chevaux de bois. Nul doute que ces délices furent plus goûtés par Eve Leathern que par tout autre. Et quand Mr Pointz suggéra qu'il était grand temps de se transporter au Royal George pour dîner, la seule voix dissidente fut la sienne :

— Oh ! Mr Pointz… je voudrais tellement me faire dire la bonne aventure par l'Authentique Reine des Gitans dans sa Roulotte !

Mr Pointz nourrissait les plus sérieux doutes quant à l'authenticité de l'Authentique Reine des Gitans en question, mais il donna son assentiment indulgent.

— Eve raffole des fêtes foraines, s'excusa son père qui affichait un air perpétuellement coupable. Mais n'en tenez nul compte si vous souhaitez que nous nous mettions en route.

— Nous avons tout le temps, dit benoîtement Mr Pointz. Laissons cette jeune personne s'amuser. Pendant ce temps-là, Léo, je te défie aux fléchettes !

— Et un lot, un, pour qui marque vingt-cinq points ! nasilla le forain préposé aux fléchettes.

— Je te parie cinq livres que je fais un meilleur score que toi ! insista Pointz.

— Et moi, je te parie le contraire ! vociféra Stein, ravi.

Trente secondes plus tard, les deux compères se livraient une bataille acharnée.

— Eve n'est pas la seule enfant de la bande, murmura lady Marroway à l'oreille de Evan Llewellyn.

Llewellyn acquiesça d'un sourire quelque peu absent.

Il avait été distrait toute la journée. À une ou deux reprises, ses réponses avaient même été fort éloignées de la question.

Pamela Marroway s'écarta de lui pour confier à son mari :

— Ce jeune homme a quelque chose qui le turlupine.

— Ne serait-ce pas plutôt… quelqu'un ? chuchota sir George avec un rapide coup d'œil en direction de Janet Rustington.

Lady Marroway fronça un tantinet le sourcil. Grande et bien faite, elle attachait un soin extrême à toute sa personne. Son vernis à ongles s'accordait subtilement au rouge sombre de ses boucles d'oreille. Seuls ses yeux bruns surprenaient, qui semblaient perpétuellement en alerte. Quant à sir George, s'il affectait l'aimable bonhomie qui sied à tout gentilhomme anglais qui se respecte, ses yeux d'azur avaient le même air aux aguets que ceux de sa femme.

Isaac Pointz et Léo Stein étaient diamantaires. Sir George et lady Marroway appartenaient à un tout autre monde : le monde d'Antibes et de Juan-les-Pins, du golf à Saint-Jean-de-Luz au printemps et des bains de mer à Madère en novembre.

À n'y point regarder de trop près, ils vivaient comme la cigale qui ne récolte ni n'engrange. Mais peut-être n'était-ce là que trompeuse apparence. Il est maintes façons de récolter et tout autant d'engranger.

— Voici cette insupportable gamine qui revient, dit Evan Llewellyn à Mrs Rustington.

Très brun, le jeune homme possédait cette mine d'ogre affamé que bien des femmes jugent irrésistible.

Il eût été hasardeux de décréter que Mrs Rustington partageait cet avis : elle n'était pas du genre à porter son cœur en bandoulière. Mariée fort jeune, il ne s'était pas fallu un an pour que l'union ne se termine en catastrophe. Depuis lors, il était difficile de savoir ce que Janet Rustington pensait de qui ou de quoi que ce fût. Toujours d'humeur égale, elle se montrait en toute occasion d'une courtoisie extrême mais subtilement distante.

Eve Leathern les rejoignit en sautillant, ses longs cheveux raides dansant dans le vent. C'était une enfant de quinze ans, étrange, gauche et qu'on eût dit montée en graine, mais dont la pétulance un peu forcée pouvait passer pour un exutoire à sa vitalité.

— Je vais me marier quand j'aurai dix-sept ans ! s'exclama-t-elle haletante. Avec un homme très riche, et nous aurons six enfants, et le mardi et le jeudi sont mes jours de chance, et je devrais toujours porter du vert ou du bleu, et l'émeraude est ma pierre porte-bonheur, et…

— Voyons, mon petit, il faut nous mettre en route, lui dit son père.

Grand et fadasse, Mr Leathern avait l'air dyspepsique et une tête d'enterrement.

Mr Pointz et Mr Stein venaient de quitter le stand des fléchettes. Mr Pointz gloussait de joie tandis que Mr Stein semblait enclin à la morosité.

— Tout ça, ce n'est qu'une question de chance, marmonnait-il.

Mr Pointz tapota joyeusement sa poche :

— Je t'ai bel et bien gagné cinq livres, vieux grigou ! L'adresse, il n'y a que ça de vrai ! Mon père était un joueur de fléchettes hors ligne. Allons, mes amis, en route. Vous êtes-vous fait dire la bonne aventure, Eve ? Est-ce qu'on vous a conseillé de vous méfier d'un homme brun ?

— D'une femme brune, corrigea Eve. Elle a une coquetterie dans l'œil et elle me causera le plus grand tort pour peu que je lui en fournisse l'occasion. Et je vais me marier quand j'aurai dix-sept ans…

Sur quoi elle se mit à gambader joyeusement en tête du cortège qui faisait route vers le Royal George.

Grâce à la prévoyance de Mr Pointz, le repas avait été commandé à l'avance et un maître d'hôtel les conduisit avec force courbettes jusqu'à un salon particulier du premier étage où une table était dressée à leur intention. Les fenêtres donnant sur le port, grandes ouvertes, laissaient pénétrer le grondement sourd de la fête et la mugissante cacophonie de trois manèges qui chacun braillait une rengaine différente.

— Mieux vaut fermer si nous voulons nous entendre, décréta Mr Pointz joignant le geste à la parole.

Ils prirent place autour de la table et Mr Pointz sourit paternellement à ses hôtes. Il estimait qu'il les traitait bien et il aimait à bien traiter les gens. Ses yeux passèrent de l'un à l'autre. Lady Marroway… de la classe… pas le gratin, bien sûr, il en était conscient… il savait pertinemment que ce qu'il avait toute sa vie appelé le fin du fin ne se commettrait jamais avec les Marroway… mais il savait aussi que le fin du fin ignorait superbement sa propre existence. Quoi qu'il en fût, lady Marroway était élégante en diable, et cela lui était bien égal qu'elle trichât au bridge. Il aimait beaucoup moins sir George et son œil avide. Il l'estimait cynique, intéressé, prêt à tout. Mais ce nobliau ne tirerait rien d'Isaac Pointz. Ce dernier veillait au grain.

Leathern n'était pas le mauvais bougre… verbeux, bien sûr, comme la plupart des Américains, et n'aimant rien tant que raconter des histoires interminables. Il avait en outre cette manie déconcertante d'exiger toujours des renseignements précis. Quelle était la population de Dartmouth ? En quelle année l'École Navale avait-elle été construite ? Et ainsi de suite. Il attendait en fait de son hôte qu'il se montrât une manière de Guide Bleu ambulant. Eve était un gentil petit bout de femme plein de pétulance – et il aimait à la taquiner. Elle était affligée d'une voix de crécelle mais avait oublié d'être stupide. C'était une gamine au demeurant fort puérile, mais qui vous surprenait parfois par des éclairs de maturité.

Le jeune Llewellyn… en voilà un qui était bien silencieux. On eût dit qu'il avait des problèmes. Fauché, probablement. Ces romanciers le sont presque toujours. Il avait l'air de s'intéresser de fort près à Janet Rustington. Une femme bien, celle-là… aussi séduisante qu'intelligente, et qui ne vous écrasait pas de sa supériorité. Plutôt intellectuel, ce qu'elle écrivait ! mais qui, à l'entendre, s'en fût douté ? Et ce bon vieux Léo ! En voilà un qui ne rajeunissait pas… Et, bien heureusement ignorant de ce que son associé pensait de lui à ce moment précis la même chose, Mr Pointz se prépara à savourer son dîner.

— Mr Pointz… attaqua Eve quand le poisson fut servi et que les garçons eurent quitté la salle.

— Oui, jeune personne ?

— Votre gros diamant, est-ce que vous l'avez sur vous ? Celui que vous nous avez montré hier soir et dont vous prétendez que vous le trimbalez partout ?

Mr Pointz se rengorgea :

— Ma mascotte ? Bien sûr que je l'ai sur moi !

— Je trouve ça drôlement dangereux. Dans une foule comme il en grouille ici, quelqu'un pourrait vous le chaparder.

— Pas de danger, dit Mr Pointz. J'ai l'œil.

— Mais ce serait possible. En Angleterre, vous avez bien des gangsters tout comme chez nous, non ?

— Ils n'emporteront pas l'Étoile du Matin, dit Mr Pointz. D'abord, d'abord, ce diamant, je le porte dans une poche spéciale, une poche intérieure. Et puis de toute façon… on ne la lui fait pas, au vieux Pointz ! Personne ne lui volera l'Étoile du Matin.

Eve éclata de rire :

— Ha, ha ! Moi, je vous parie que je pourrais y arriver.

— Et moi, je vous fiche mon billet que vous n'y arriverez pas ! rétorqua Mr Pointz avec dans l'œil une lueur amusée.

— Je maintiens quand même mon pari. J'y ai réfléchi cette nuit, après que vous ayez fait passer votre caillou autour de la table. Et j'ai découvert le truc imparable pour vous le faucher.

— Et quel est ce fameux truc ?

— Pas question que je vous le dise… Pas maintenant. Vous pariez quoi ?

Des souvenirs de jeunesse remontèrent à la mémoire de Mr Pointz.

— Une demi-douzaine de paires de gants, proposa-t-il.

— Des gants ? s'écria Eve, dépitée. Vous connaissez des filles qui portent encore des gants ?

— Et des bas… est-ce que vous portez des bas ?

— Des bas ? Ma meilleure paire a filé ce matin ! Une échelle longue comme ça !

— En ce cas, c'est une affaire entendue. Une demi-douzaine de paires de bas de la soie la plus fine…

— Chic ! s'exclama Eve en battant des mains. Et vous, qu'est-ce que vous voulez ?

— Euh… j'ai besoin d'une nouvelle blague à tabac.

— Topons là. Mais ne croyez pas que vous allez la gagner, votre blague à tabac. Et maintenant, je vais vous indiquer la marche à suivre. Votre diamant, vous allez le faire passer de main en main, comme vous l'avez fait hier soir…

Elle s'interrompit comme les garçons venaient changer les assiettes. Tandis qu'ils s'attaquaient au poulet, Mr Pointz décréta :

— Mettez-vous bien ceci dans la tête, jeune personne : si vous simulez un vol en bonne et due forme, moi, de mon côté, je me réserve le droit de faire appel à la police pour vous fouiller.

— Je n'y vois pas le moindre inconvénient. Mais vous n'avez pas besoin de pousser le souci d'authenticité jusqu'à appeler la police. Lady Marroway ou Mrs Rustington sont assez grandes pour effectuer toutes les fouilles que vous voudrez.

— Eh bien d'accord, dit Mr Pointz. Au fait, que serez-vous plus tard ? Rat d'hôtel ? Voleuse de bijoux internationale ?

— Je pourrais en faire ma carrière… pour peu que cela rapporte.

— Si vous filiez avec l'Étoile du Matin, ça vous rapporterait gros. Même retaillée, cette pierre vaudrait au bas mot trente mille livres.

— Mince ! fit Eve, impressionnée. Qu'est-ce que ça donne en dollars ?

Lady Marroway jugea bon de pousser une exclamation horrifiée :

— Et vous vous promenez avec une pierre de cette valeur sur vous ? fit-elle d'un ton de reproche. Trente mille livres…

Ses cils alourdis de mascara battirent.

— Cela représente en effet une somme considérable…, murmura Mrs Rustington. Mais il ne faut pas négliger la fascination de la pierre elle-même… Elle est superbe.

— Bah ! qu'est-ce d'autre qu'un morceau de carbone ? grommela Evan Llewellyn.

— J'avais toujours cru comprendre que le problème, pour les voleurs de bijoux, c'était le receleur, dit sir George. C'est lui qui se taille la part du lion, si je ne m'abuse ?

— Allons-y ! trépigna Eve. Commençons ! Sortez le diamant et répétez mot pour mot ce que vous nous avez dit hier soir.

— Je vous présente mes plus plates excuses pour la puérilité de ma progéniture, dit Mr Leathern de sa voix la plus sépulcrale.

— Oh ! cesse de jouer le rabat-joie, papa ! Allons, Mr Pointz…

Mr Pointz fouilla en souriant dans une poche intérieure. Il en sortit quelque chose – quelque chose qui maintenant étincelait de mille feux sur la paume de sa main.

Un diamant…

D'un air assez guindé, Mr Pointz répéta autant que faire se pouvait le petit discours qu'il avait prononcé la veille à bord de la Merrimaid :

— Peut-être aimeriez-vous, mesdames et messieurs, jeter un coup d'œil à cette pierre ? Elle est d'une beauté peu commune. Je l'ai baptisée l'Étoile du Matin et elle me tient lieu de mascotte… Je l'emporte partout avec moi. Vous plairait-il de l'examiner de près ?

Il la tendit à lady Marroway qui la prit en faisant des mines, se récria sur sa beauté et la passa à Mr Leathern qui grommela un : « pas mal… pas mal du tout » assez artificiel et s'apprêta à la remettre à Llewellyn.

L'arrivée des garçons provoqua une interruption dans le déroulement des opérations. Quand ils furent repartis, la transmission eut lieu, Evan dit « très belle pierre » et la remit à Léo qui, blasé, ne se donna pas la peine de faire le moindre commentaire et la tendit très vite à Eve.

— Comme elle est ravissante ! s'exclama Eve d'une voix affectée. Oh ! (Elle poussa un cri tandis que la pierre lui glissait entre les doigts.) Oh ! elle m'a échappé !

Elle repoussa sa chaise et se baissa pour chercher sous la table. Sir George, à sa droite, en fit autant. Dans la confusion, un verre tomba et se brisa en mille morceaux sur le sol. Stein, Llewellyn et Mrs Rustington se mirent également à participer aux recherches. Bientôt, lady Marroway les rejoignit à son tour.

Seul Mr Pointz se tenait à l'écart des opérations. Resté assis, il sirotait son vin en arborant un sourire sardonique.

— Oh, mon Dieu ! s'exclama Eve, toujours sur le même ton affecté. C'est épouvantable ! Où a-t-elle bien pu rouler ? Je n'arrive pas à la retrouver !

Un à un, les chercheurs se relevèrent.

— Elle a bel et bien disparu, Pointz, dit sir George en souriant.

— Fort joli travail, approuva Mr Pointz en hochant la tête d'un air ravi. Vous ferez une très bonne actrice, Eve. La question est maintenant de savoir si vous avez caché mon diamant quelque part ou si vous l'avez gardé sur vous.

— Fouillez-moi ! fit Eve d'un ton mélodramatique.

Un paravent était, par un heureux hasard, dressé dans un angle de la pièce. Mr Pointz le désigna du menton à lady Marroway et Mrs Rustington :

— Si ces dames veulent bien être assez bonnes…

— Mais certainement, sourit lady Marroway.

Les deux femmes se levèrent.

— N'ayez crainte, Mr Pointz, affirma lady Marroway, nous allons examiner cette enfant sous toutes les coutures.

Toutes trois se dirigèrent vers le paravent.

Il faisait maintenant une chaleur d'étuve dans le salon particulier. Evan Llewellyn alla ouvrir les fenêtres en grand. Un crieur de journaux passait dans la rue. Evan le héla, laissa tomber une pièce de monnaie et l'homme lui lança un journal que Llewellyn déplia aussitôt.

— La situation en Hongrie ne s'améliore guère, commenta-t-il.

— C'est la feuille de chou locale ? l'interrompit sir George. Il y a un cheval qui m'intéresse et qui a dû courir à Haldon aujourd'hui : Natty Boy.

— Léo, donne donc un tour de clef à la porte ! lança Mr Pointz. Il faut empêcher ces maudits garçons d'entrer tant que la petite comédie dont nous régale la jeune Eve n'est pas terminée.

— Natty Boy ? Il a gagné à trois contre un.

— Fichue cote, grommela sir George, contrarié.

— En dehors de ça, il n'y a guère que des informations sur les régates, dit encore Evan avant de refermer le journal.

Les trois jeunes femmes ne tardèrent pas à sortir de derrière le paravent.

— Pas trace de diamant, dit Janet Rustington.

— Croyez-m'en, elle ne l'a pas sur elle, dit lady Marroway.

Mr Pointz était prêt à l'en croire, en effet : il y avait une âpreté dans la voix de Pamela Marroway qui ne laissait aucun doute quant à la minutie de la fouille.

— Dis-moi, Eve, tu ne l'as pas avalé, au moins ? s'inquiéta Mr Leathern. Ça pourrait te rendre malade, mon petit.

— Je l'aurais vue faire, le rassura Léo. Je la regardais. Elle n'a rien porté à sa bouche.

— Je n'aurais jamais pu avaler un truc aussi gros et tout en angles coupants, dit Eve.

Elle mit ses poings sur ses hanches et se tourna vers Mr Pointz :

— Alors ? Qu'est-ce que vous dites de ça ?

— Restez dans votre coin et n'en bougez surtout pas, décréta ce dernier.

Tous ensemble, les hommes débarrassèrent la table et la retournèrent. Mr Pointz en examina chaque pouce. Puis il reporta son attention sur la chaise d'Eve et sur celles des deux personnes qui avaient encadré la jeune fille.

Cinq minutes plus tard, Mr Pointz se redressa avec un léger grognement et épousseta, morose, les genoux de son pantalon. Sa jovialité foncière allait quelque peu à la dérive.

— Eve, dit-il, je vous tire mon chapeau. Vous êtes la championne des voleuses de bijoux. Ce que vous avez pu faire de cette pierre me laisse pantois. Pour autant que j'en puisse juger, cette pierre doit être dans la pièce puisqu'elle n'est pas sur vous. Je vous déclare vainqueur.

— J'ai mérité mes bas ?

— Ils sont à vous, jeune fille.

— Eve, mon petit, où avez-vous bien pu cacher ce diamant ? s'enquit Mrs Rustington dont la curiosité était éveillée.

— Je vais vous le montrer. Vous serez tous vexés comme des poux !

Eve se dirigea vers la desserte où ces messieurs avaient entassé pêle-mêle tout ce qui se trouvait sur la table et s'empara de son petit sac du soir.

— En plein sous votre nez ! triompha-t-elle. En plein…

Sa voix vacilla soudain :

— Oh, mon Dieu ! souffla-t-elle. Oh, mon Dieu !

— Qu'y a-t-il, mon chou ? gémit son père.

— Il a disparu ! dit-elle, hagarde. Il a disparu…

— Voyons, que se passe-t-il ? intervint Mr Pointz, fébrile.

Eve se tourna impétueusement vers lui :

— Vous voulez savoir en quoi consistait mon truc ? Eh bien voilà… Le fermoir de mon petit sac du soir, de ce sac que j'ai là à la main, s'ornait d'une grosse pierre en strass que j'ai perdue hier soir. Or, quand vous nous avez montré votre diamant, j'ai remarqué qu'il avait à peu près la même taille. C'est ce qui m'a menée à l'idée qu'une bonne façon de le subtiliser serait de l'enchâsser en douce dans le berceau du fermoir en le fixant avec de la pâte à modeler. J'étais persuadée que personne n'irait jamais le remarquer là. Et c'est bel et bien ainsi que j'ai procédé ce soir. J'ai d'abord laissé tomber le diamant, puis je me suis baissée pour le ramasser. J'avais mon sac à la main et, comme prévu, j'ai enchâssé la pierre dans le berceau du fermoir grâce au morceau de pâte à modeler que j'avais sur moi. Ensuite de quoi j'ai reposé mon sac sur la table et j'ai fait semblant de continuer à chercher. Je me disais que le fait d'avoir le diamant sous le nez vous le ferait prendre pour un vulgaire morceau de cristal taillé. Et le plan était bon : tout le monde n'y a vu que du feu.

— Je me le demande…, murmura Mr Stein.

— Qu'avez-vous dit ?

Mr Pointz prit le sac, regarda le fermoir et le berceau vide où adhérait encore un morceau de pâte à modeler, et dit lentement :

— Il a pu s'en détacher. Nous ferions bien de reprendre les recherches.

Elles reprirent en effet, mais cette fois dans un silence pesant. L'atmosphère s'était faite tendue.

Finalement, chacun son tour, ils abandonnèrent et restèrent à s'entre-regarder.

— Il n'est pas dans la pièce, dit Stein.

— Or, personne ne l'a quittée, cette pièce, fit remarquer sir George d'un ton lourd de sous-entendus.

Il y eut un moment de silence, que Eve mit à profit pour éclater en sanglots.

Son père lui tapota l'épaule.

— Allons, allons, lui dit-il d'un air effroyablement embarrassé.

Sir George se tourna vers Léo Stein :

— Vous avez murmuré quelque chose, il n'y a guère. Et quand je vous ai demandé de le répéter, vous ne m'avez pas répondu. Mais, en fait, je vous avais parfaitement entendu. Miss Eve venait de dire que personne n'avait vu l'endroit où elle avait caché le diamant. Les mots que vous avez murmurés étaient : « Je me le demande. » Vous estimez donc vraisemblable, et je me glorifie de partager cette opinion, que quelqu'un ait effectivement surpris la manœuvre de notre petite Eve – et que cette personne se trouve en ce moment dans cette pièce. À mon avis, le sens de la justice tout autant que celui de l'honneur font obligation à chacun d'entre nous de se soumettre à une fouille en règle. Le diamant ne peut avoir quitté cette pièce.

Quand sir George jouait le rôle du gentilhomme redresseur de tort, personne ne pouvait lui damer le pion. Sa voix vibrait d'indignation sincère.

— Tout ceci est bien désagréable ! gémit Mr Pointz.

— C'est de ma faute ! sanglota Eve de plus belle. Je n'aurais jamais dû…

— Ressaisissez-vous, mon petit, dit gentiment Mr Stein. Personne ne vous reproche rien.

Mr Leathern n'allait pas laisser passer une aussi belle occasion de se montrer pédant :

— J'estime, dit-il d'un ton pénétré, que la suggestion de sir George emportera l'adhésion pleine et entière de chacun d'entre nous. Elle le fait de la mienne en tout cas.

— Moi aussi, je suis d'accord, acquiesça plus simplement Evan Llewellyn.

Mrs Rustington regarda lady Marroway, qui fit un bref signe d'assentiment. Les deux femmes allèrent se placer derrière le paravent où les rejoignit une Eve hoquetante.

Cinq minutes plus tard, huit personnes se regardaient avec incrédulité.

L'Étoile du Matin s'était bel et bien volatilisée.

Mr Parker Pyne dévisagea pensivement le jeune homme à la mine agitée qui lui faisait face.

— Vous êtes gallois, si je ne m'abuse, Mr Llewellyn ?

— Qu'est-ce que mes origines ont à voir ici ?

— Rigoureusement rien, je vous l'accorde. Ne voyez là qu'une manifestation de mon goût de la statistique. Je me livre en particulier à l'étude des rapports existant entre les réactions émotionnelles et certains caractères ethniques. Un point c'est tout. Mais revenons au problème qui nous préoccupe.

— Je ne sais pas vraiment pourquoi je suis venu vous voir, grommela Evan Llewellyn.

Son visage bronzé était hagard. Il ne regardait pas Mr Parker Pyne et l'examen de sa personne auquel se livrait ce dernier semblait le mettre à la torture.

— Je ne sais pas vraiment pourquoi je suis venu vous voir, répéta-t-il. Mais à qui diable m'adresser ? Et que diable faire ? C'est l'incapacité d'agir qui me rend malade… J'ai lu votre publicité et je me suis rappelé qu'un de mes amis, venu vous consulter, m'avait affirmé que vous obteniez des résultats. Et voilà… je suis venu, ce qui est idiot de ma part. Le genre de pétrin où je baigne, personne ne pourra m'en tirer.

— Si : moi, dit Mr Parker Pyne. Je suis précisément la personne qu'il vous fallait consulter. N'avez-vous pas devant vous le spécialiste des cœurs malheureux ? Cette pénible affaire vous a, semble-t-il, causé un tort considérable… Êtes-vous bien sûr que les faits se sont déroulés ainsi que vous les avez décrits ?

— Je ne crois pas avoir omis quoi que ce soit. Pointz a sorti son maudit diamant et l'a fait circuler. Cette insupportable gamine américaine l'a collé au fermoir de son ridicule sac du soir, et quand nous avons examiné ce fichu sac, le diamant avait disparu. Personne ne l'avait sur lui – le vieux Pointz lui-même a été fouillé – et je peux jurer qu'il n'était nulle part dans la pièce ! Or, cette pièce, personne ne l'avait quittée…

— Même pas un des garçons, par exemple ?

Llewellyn secoua la tête :

— Ils sont sortis avant que cette idiote ne se mette à tripoter le diamant. Et quand les choses ont commencé à se gâter, Stein a fermé la porte à clef pour les empêcher d'entrer. Non, c'est l'un d'entre nous qui a fait le coup.

— Ça m'en a tout l'air, murmura Mr Parker Pyne, pensif.

— Ce fichu journal ! gémit Evan Llewellyn. J'ai senti les soupçons naître dans leur esprit… Je les ai vus – de mes yeux vus – se persuader que c'était le seul moyen…

— Répétez-moi exactement ce qui s'est passé.

— C'est très simple. J'ai ouvert la fenêtre, sifflé le crieur, laissé tomber une pièce de monnaie, et il m'a lancé le journal. Et voilà ! C'est le seul moyen par lequel le diamant ait pu quitter la pièce… jeté par moi à un complice qui attendait dans la rue.

— Ce n'est pas le seul moyen, corrigea Mr Parker Pyne.

— Vous en connaissez un autre ?

— Puisque vous ne l'avez pas jeté par la fenêtre, il doit forcément en exister un autre.

— Oh ! je vous vois venir. J'espérais quand même que vous pensiez à quelque chose de plus concret ! Quoi qu'il en soit, tout ce que je peux vous jurer, c'est que je ne l'ai pas jeté par la fenêtre. Oh ! je ne m'attends pas à ce que vous me croyiez, ni vous ni personne, mais…

— Mais je vous crois, dit Mr Parker Pyne.

— Pourquoi ça ?

— D'après mes statistiques, vous seriez un malfaiteur atypique, hypothèse sur laquelle je ne veux même pas m'attarder. Que voulez-vous, vous n'avez pas le faciès. Pas celui du malfaiteur qui s'attaque aux bijoux, veux-je dire. Car il est bien des méfaits, et bien des crimes même, que vous pourriez commettre… mais nous n'aborderons pas ce sujet qui nous entraînerait trop loin. Non, cher monsieur, je ne vois pas en vous le voleur de l'Étoile du Matin.

— Vous êtes bien le seul, dit amèrement Llewellyn.

— Je m'en doute, admit Mr Parker Pyne.

— Sur le moment, tous m'ont regardé d'un drôle d'air. Marroway a ramassé le journal et s'est tourné vers la fenêtre. Il n'a pas fait le moindre commentaire. Mais Pointz a tout de suite mordu à l'hameçon ! Je voyais ce qu'ils pensaient tous. Mais pas un ne m'a formellement accusé. Et c'est bien là que le bât blesse.

Mr Parker Pyne hocha la tête de manière compatissante :

— C'est encore pire, n'est-ce pas ?

— Oui. Le poids de la suspicion. Le grand air de la calomnie. Un type est venu me poser des questions, un de ces flics modernes qui donnent dans le genre bienveillant. Il qualifiait son intervention d'enquête de routine. Il s'est montré plein de tact, mais fort intéressé par le fait qu'après avoir été longtemps fauché je me retrouve subitement plein aux as.

— Ce qui est le cas ?

— Hélas ! oui, serais-je tenté de dire… J'ai eu de la veine avec un cheval ou deux. Seulement voilà, mes paris, je les avais pris sur le terrain, et je n'ai aucun moyen de prouver que c'est bien de là que je tire tout cet argent. Personne ne peut non plus prouver le contraire, bien sûr… mais c'est le genre de bobard que n'importe qui pourrait inventer pour justifier des rentrées d'argent inavouables.

— Certes. Il en faudrait cependant bien davantage pour que l'on vous poursuive.

— Oh ! je n'ai pas peur d'être poursuivi pour vol. Dans un sens, ce serait plus facile… je saurais où j'en suis. Ce qui me rend la vie impossible, c'est que tous ces gens me prennent pour un voleur.

— Tous ces gens… ou une personne en particulier ?

— Que voulez-vous dire ?

— Mettons que je hasarde une hypothèse, sans plus. (Mr Parker Pyne balaya l'air de sa longue main soignée.) Il s'agit bien d'une personne en particulier, n'est-ce pas ? Dirons-nous… Mrs Rustington ?

Llewellyn rougit sous son hâle.

— Pourquoi elle ?

— Cher monsieur, à partir du moment où l'opinion de quelqu'un vous importe à un aussi haut point, il ne peut s'agir que d'une représentante du beau sexe. Or, quel était l'élément féminin ? Une petite Américaine morveuse ? Restons sérieux ! Lady Marroway ? Je suis quelque peu documenté sur lady Marroway. Et vous ne perdriez pas – loin de là ! – l'estime de cette personne pour avoir réussi un coup pareil. Nous en arrivons donc, par simple élimination, à Mrs Rustington.

— Elle… elle a connu une expérience désastreuse, dit Llewellyn avec effort. Son mari était un bon à rien, un décavé. Cela la rend peu encline à accorder sa confiance. Si elle… si elle croit que je…

Il lui fut impossible d'aller plus avant.

— J'avais donc raison, conclut Mr Parker Pyne. L'affaire est d'importance. Il est indispensable de vous laver au plus vite de tout soupçon.

Evan eut un petit rire forcé :

— Facile à dire.

— Et très facile à faire, rétorqua Mr Parker Pyne. Le problème est tellement circonscrit ! Tant de possibilités sont écartées ! La solution ne peut être que fort simple. J'ai d'ailleurs déjà quelques lueurs…

Llewellyn, ahuri, le dévisagea d'un œil incrédule.

Mr Parker Pyne prit un stylo et un bloc :

— Peut-être consentiriez-vous à me donner une brève description des membres de votre groupe ?

— Ne l'ai-je point déjà fait ?

— Leur signalement : couleur de cheveux, etc.

— Mais quel rapport avec l'affaire ?

— Un rapport évident, jeune homme. É-vi-dent. Et puis songez à mes fiches ! à mes statistiques !

D'assez mauvais gré, Evan décrivit par le menu les invités de Mr Pointz.

— Parfait, conclut Mr Parker Pyne après avoir pris quelques notes. Au fait, ne m'avez-vous pas dit qu'un verre avait été brisé ?

De nouveau ahuri, Evan haussa les épaules :

— Oui, et alors ? C'est un accident banal. Un verre est tombé par terre et s'est brisé en miettes qui ont été piétinées.

— Mauvais, les éclats de verre, commenta Mr Parker Pyne. C'était le verre de qui ?

— Celui de la gosse, je crois. Oui, c'est cela, celui d'Eve.

— Tiens ! tiens ! Et qui était assis à côté d'elle ?

— Sir George Marroway.

— Vous n'avez pas remarqué lequel des deux l'avait fait tomber ?

— Hélas, non ! C'est important ?

— Non, pas vraiment. C'était même une question superfétatoire, avoua Mr Parker Pyne en se levant. Voulez-vous repasser d'ici à trois jours, Mr Llewellyn ? J'ai tout lieu de croire que l'affaire sera alors éclaircie à votre satisfaction.

— Vous plaisantez ?

— Jamais quand il s'agit des affaires de mes clients. Cela ne me vaudrait que leur juste méfiance. Vendredi 11 h 30 ? Ce sera parfait. Bonsoir, cher monsieur.

Evan pénétra dans le bureau de Mr Parker Pyne le vendredi matin en proie à une agitation considérable : l'espoir, en lui, le disputait au scepticisme.

Mr Parker Pyne l'accueillit avec un sourire épanoui :

— Bonjour, Mr Llewellyn ! Asseyez-vous ! Cigarette ?

Evan écarta le coffret qui lui était tendu.

— Eh bien ? interrogea-t-il.

— Mieux que bien, affirma Mr Parker non sans quelque humour. La police a arrêté le gang au grand complet la nuit dernière.

— Le gang ? Quel gang ?

— Le gang Amalfi, voyons ! J'avais tout de suite pensé à eux quand vous m'avez raconté votre histoire. J'avais reconnu leur style. Et lorsque vous m'eûtes décrit les invités, mon siège était fait.

— Qu'est-ce donc que ce gang Amalfi ?

— Il est composé du père, du fils et de la bru – si tant est que Pietro et Maria soient vraiment mariés, ce qui est sujet à controverse.

— Je ne comprends toujours pas.

— C'est pourtant simple. Leur nom est italien et ils sont sans nul doute d'origine italienne, mais Amalfi père est né aux États-Unis. Sa méthode ne varie guère. Il calque son personnage sur celui d'un homme d'affaires connu, se présente à quelque magnat de la joaillerie européenne et tend ses filets. Dans le cas qui nous occupe, il traquait l'Étoile du Matin. La mascotte de Pointz tout comme ses manies sont bien connues dans le métier. Maria Amalfi a joué le rôle de la fillette – c'est une créature hors du commun : à vingt-sept ans bien sonnés, elle parvient à convaincre ses victimes qu'elle n'en a pas dépassé seize !

— Pas… pas Eve ! hoqueta Llewellyn.

— Mais si, bien sûr ! Quant à Pietro, le troisième larron, il s'était fait embaucher comme extra au Royal George – avec la fête foraine et les régates, ils manquaient de serveurs. Le décor est donc planté, les comparses sont en place. Eve lance un pari à Isaac Pointz qui relève le défi. Il fait circuler le diamant comme il l'a fait la veille au soir. Les serveurs entrent dans le salon particulier et Leathern affecte de garder la pierre dissimulée jusqu'à ce qu'ils aient quitté la pièce. En réalité, quand ils sortent, le diamant sort avec eux, fort proprement fixé, grâce à un morceau de chewing-gum, sous le plat de poisson que Pietro remporte. D'une simplicité enfantine, vous avais-je dit !

— Mais… mais le diamant… c'est après la retraite des serveurs que je l'ai vu !

— Vous avez vu du toc, un morceau de strass tout juste bon à abuser quelqu'un qui y jetterait un coup d'œil rapide. Eve le laisse tomber, s'arrange pour qu'un verre s'écrase sur le sol et piétine allègrement le tout. Les débris de strass se mêlent aux éclats de verre. Miraculeuse disparition du diamant ! Eve et Leathern peuvent se soumettre à toutes les fouilles qu'on voudra.

— Eh bien, ça, par exemple…, fit Evan en secouant la tête. Et vous dites que vous avez reconnu le gang d'après ma description ? Ils avaient déjà utilisé ce truc ?

— Pas exactement. Mais c'était bien dans leur manière. Il va de soi que mon attention avait tout de suite été accaparée par la jeune Eve.

— Pourquoi ? Moi, je ne l'ai pas soupçonnée une seconde. Personne d'autre ne l'a fait non plus. Elle semblait tellement… tellement puérile.

— C'est bien là le génie particulier de Maria Amalfi. Elle fait plus enfant que nature. Des enfants d'une telle puérilité, cela n'existe pas, cher monsieur. Et la pâte à modeler ! Ce pari était censé avoir été lancé de façon spontanée – cependant la petite dame avait bien pris soin d'avoir de la pâte à modeler sur elle. Qu'était-ce sinon de la préméditation ? Mes soupçons se sont immédiatement portés sur elle.

Llewellyn se leva :

— Monsieur, je demeurerai votre éternel obligé.

— La statistique, murmura Mr Parker Pyne. La statistique, un fichier bien tenu et l'étude systématique des divers types de malfaiteurs… voilà un violon d'Ingres qui ne me donne que des satisfactions.

— Vous me ferez savoir combien je… euh…

— Mes honoraires sont fort modérés, dit Mr Parker Pyne. Ils n'entameront guère vos… vos gains aux courses. Malgré tout, jeune homme, si j'étais vous, j'abandonnerais à l'avenir les chevaux. C'est un animal bien peu fiable, le cheval.

— Vous avez raison, dit Evan.

Il serra la main de Mr Parker Pyne, sortit du bureau à grands pas, héla un taxi et donna au chauffeur l'adresse de Janet Rustington.

Il se sentait de force à vaincre les plus solides résistances.

Bienvenue dans le lecteur interactif

Table des matières

Naviguez entre les chapitres et sections depuis la barre latérale.

Recherche dans le livre

Recherchez dans tout le contenu du livre avec Ctrl+K.

Outils de lecture

Contrôlez la taille de police, la hauteur de ligne et l'espacement.

Changer le thème

Basculez entre le mode clair et sombre. Appui long pour plus d'options.

Signets

Enregistrez vos positions de lecture et revenez-y plus tard.

Annotations

Sélectionnez du texte pour le surligner et ajouter des notes privées.

Chat IA

Posez n'importe quelle question sur le livre via le chatbot IA.

Outils de sélection de texte

Sélectionnez du texte pour clarifier, traduire, écouter ou citer.

Lecteur audio

Écoutez les chapitres avec une narration audio de haute qualité.

Partager

Partagez un chapitre ou une citation sur les réseaux sociaux.

Lecteur eBook

Passez au lecteur EPUB pour une expérience de lecture différente.

Outils créatifs IA

Post social

Générez des images IA pour les réseaux sociaux à partir de citations avec le portrait de l'auteur.

Image de citation

Créez de belles cartes de citation avec le portrait de l'auteur, prêtes à partager ou télécharger.

Histoires illustrées

Transformez les scènes du livre en planches BD générées par l'IA via le chatbot.