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V RAPPORT DE MON DOMESTIQUE

Jamais, selon toute probabilité, les événements bizarres racontés dans cet écrit n’eussent eu lieu, si un individu du nom de Trottle n’avait songé, contrairement à ses habitudes, à s’occuper de ses propres affaires.

Le fait sur lequel ce personnage avait voulu, pour la première fois de sa vie, chercher à se faire une opinion qui lui fût personnelle, intéressait fort sa maîtresse, et je dirai même lui donnait quelque souci.

C’était, en un mot, pour parler plus clairement, le mystère de la maison abandonnée sise vis-à-vis du logis de la dame.

Le serviteur de madame Sophonisbe ne voyant rien de blâmable à se créer un triomphe personnel à côté de la défaite de M. Jarber, résolut, un certain lundi soir, de voler de ses propres ailes et de découvrir enfin la clef de ce mystère inexplicable.

Son premier soin fut de chasser loin de sa pensée toutes les folles narrations des habitants qui s’étaient casés dans le logis en question, et n’ayant qu’un seul but, celui d’en arriver à ses fins, il marcha droit à la maison et se plaça debout devant la porte, afin de voir face à face la première personne qui l’ouvrirait.

La nuit approchait, le lundi soir, 13 du mois, au moment où Trottle vint se placer sur les marches de l’escalier ; il ignorait complétement le moindre détail de l’affaire dont il allait s’occuper.

Tout ce qu’il savait, c’est que la propriétaire était une vieille femme, veuve, ayant du bien et se nommant Forley.

C’était là pourtant, à tout prendre, un point de départ qui suffisait.

Lorsque Trottle laissa retomber le marteau, il eut soin de jeter les yeux à droite et à gauche, avec toutes les précautions possibles, puis de diriger sa vue à la fenêtre de la cuisine, afin de voir si quelqu’un le regardait par la fenêtre de la cuisine.

Au même instant le visage de la vieille femme parut entre les volets ; elle examina à la hâte celui qui se tenait debout sur les marches, disparut et revint aussitôt tenant à la main une lettre ouverte qu’elle plaça devant la lueur d’une lumière vacillante.

Elle examina cette lettre en parcourant les lignes qui étaient tracées sur le papier, puis elle disparut encore.

Un moment après, Trottle entendit un bruit de pas qui faisait craquer les planchers et les dalles du vestibule désert. Et puis ce bruit lui-même cessa et ses oreilles perçurent le son de deux voix, dont l’une cherchait à persuader l’autre qui grommelait.

Cette conversation eut un terme. Quelques instants après on décrocha une chaîne, on tira un verrou, la porte s’ouvrit, et Trottle se trouva en présence de deux personnes. Une vieille femme d’abord, et ensuite, derrière elle, un homme qui demeurait appuyé contre la muraille et cherchait à s’effacer.

— Bonsoir, bonsoir, monsieur ! fit tout à coup la mégère d’une voix fort éraillée qui faisait peine à entendre. Quel horrible froid ! n’est-il pas vrai ? Veuillez prendre la peine d’entrer. Vous venez de la part de M. Forley, n’est-ce pas, monsieur ?

— De la part de M. Forley, n’est-ce pas ? répéta l’homme d’un ton brusque, qui parut être l’écho de ses sentiments.

Puis il se mit à glousser comme s’il eût débité la plus joyeuse facétie.

Si Trottle eût eu la bêtise ou la bonhomie de répondre d’une façon négative, on lui eût sans doute fermé la porte au nez. Il eut le bon esprit de comprendre cela et de courir le risque, – au cas où il y en aurait, – de dire :

— Oui.

— Très-bien, monsieur, ajouta la bonne femme. Ce bon M. Forley nous a écrit qu’un de ses amis les plus chéris, son fidèle ami, viendrait ici à sa place, et se présenterait à la brune, le lundi 13, ou bien, au cas où il en serait empêché, le lundi 20, et cela sans faute alors. Nous sommes au lundi 13. Vous arrivez et vous êtes l’ami fidèle de M. Forley, tout habillé de noir. Parfait ! parfait ! Veuillez entrer dans la salle à manger. Oh ! elle est tenue fort proprement, et toujours prête à recevoir M. Forley quand il se présente. Allons, entrez ; dans un moment je vais apporter une lampe. Oh ! l’obscurité est telle que l’on ne sait pas où l’on est ; mais ne craignez rien, il n’y a pas d’obstacles. Et comment se porte M. Forley, ce bon M. Forley ? Nous aimons à croire qu’il jouit d’une bonne santé, n’est-ce pas, Benjamin ? Oh ! nous regrettons fort de ne pas le voir aujourd’hui comme à l’ordinaire n’est-ce pas, Benjamin ? Veuillez avoir l’obligeance de m’attendre une demi-minute, monsieur, et je reviens avec de la lumière. Venez, suivez-moi, Benjamin !

Ces paroles : « Suivez-moi, Benjamin ! » trouvèrent un écho qui les répéta et cet écho ricana encore comme la première fois, en croyant faire une plaisanterie.

Trottle, laissé seul dans le vestibule désert, se demanda quel pouvait être et serait le résultat probable de sa hardiesse. Puis, avant qu’il eût le temps de se répondre à lui-même, il entendit le craquement des pas qui descendaient à la cuisine.

Déjà la porte avait été refermée, cadenassée et verrouillée, au moment même où il était entré : il ne pouvait pas, sans courir la chance d’éveiller les soupçons et de faire du bruit, chercher à l’ouvrir pour se sauver.

Par bonheur pour lui, il ne ressemblait en rien à M. Jarber, et il ne s’effraya point de la situation dans laquelle il se trouvait. Il employa tout le temps qu’il resta seul à se remémorer les faits qui lui étaient arrivés jusque-là. Il savait déjà que M. Forley avait l’habitude de venir régulièrement dans ce logis. En second lieu il découvrait que M. Forley, empêché par la maladie de venir faire visite aux personnes qui avaient soin de la maison, s’était reposé de ce soin sur un ami, le laissant libre de choisir un lundi ou l’autre, ce dont il avait prévenu les gens du logis.

Or, lui, Trottle, était arrivé par hasard ce jour-là, le premier des lundis, pour commencer ses investigations. Enfin, en quatrième lieu, il était heureux que la qualité des vêtements qu’il portait, vêtements noirs comme les revêt un domestique ayant déposé sa livrée, ressemblât à celle du messager, ou de l’ami quel qu’il fût, puisque cela avait favorisé l’erreur.

Jusque-là tout allait pour le mieux.

Mais qui était l’ami de M. Forley, et qu’avait-il à faire ? Quelle était sa mission ? D’où vient qu’il ne venait pas lui-même – et chaque instant pouvait l’amener ce soir-là – frapper à la porte de la maison ?

Tandis que Trottle se posait toutes ces questions à lui-même, il entendit les pas de la vieille femme et de son compagnon retentir dans l’escalier.

Ils revenaient tous les deux à la hâte, et devant eux parut bientôt la lueur de la chandelle qui les éclairait.

Il éprouva une certaine anxiété en songeant au retour de la matrone : car, eu égard au peu de clarté du crépuscule, il lui avait été impossible de distinguer les traits de celle-ci, pas plus que ceux de son compagnon.

Enfin la vieille femme rentra suivie de l’homme à qui elle donnait le nom de Benjamin. Son premier soin fut de placer la lumière sur la cheminée.

Cette femme, au dire de Trottle, paraissait être une bonne créature, très-avenante ; quant à son physique, elle était maigre à faire peur et ses os cherchaient à percer sa peau, à quelque part qu’on y regardât, au nez, aux yeux, au front, au menton.

Du reste, la mégère souriait toujours, s’agitait comme un écureuil et babillait sans cesser un instant.

Le chef recouvert d’un faux bandeau en cheveux, surmonté d’un chapeau fané, cette vieille aux ongles crochus, à l’aspect sordide, dont les jambes appesanties par l’âge renfermaient encore un certain ressort qui les faisait mouvoir, parut à Trottle un spécimen d’un temps très-reculé, qu’on eût dû tremper dans l’eau comme une vieille croûte moisie, afin de la faire revenir ; mais certainement on n’eût pas dû, au dix-neuvième siècle, confier une maison chrétienne à une pareille sorcière.

— Veuillez, monsieur, excuser mon fils Benjamin. Obligez-moi de lui pardonner, dit-elle, sans recourir à son manche à balai pour désigner l’homme qui se tenait derrière elle, appuyé contre la muraille nue de la salle à manger, de la même façon qu’il s’était tenu contre la paroi du passage. Mon pauvre Benjamin est malade… intérieurement. Au lieu d’aller se coucher, il me suit partout dans la maison, en haut et en bas des escaliers, jusque dans la chambre de ma maîtresse. Ce malheureux est affligé d’une indigestion, – pauvre cher enfant ! – cela lui rend le caractère désagréable et lui met le cœur à l’envers. Du reste, vous le savez, monsieur, il n’y a rien de plus mauvais qu’une indigestion ; cela abattrait un géant, n’est-il pas vrai, monsieur ?

— N’est-il pas vrai, monsieur ? ajouta comme un écho celui qui s’appelait Benjamin, d’une voix dolente, en clignotant devant les lueurs de la chandelle, comme eût pu le faire un hibou sur sa branche.

Tandis que la mère parlait ainsi de son fils, Trottle avait examiné celui-ci avec la plus grande curiosité. À ses yeux, le fils Benjamin parut être un individu de forme trapue et maigriotte, enveloppé des épaules aux pieds d’une longue redingote en drap graissé et en haillons rapiécés dont les pans retombaient sur des pantoufles éculées. Il avait les yeux larmoyants, le teint pâle et les lèvres rouges. Quant à sa respiration, elle était tellement forte qu’on eût dit un ronflement sonore. Rien n’offrait un spectacle plus étrange que sa tête se balançant comme celle d’une âme en peine au milieu du collet démesurément large de son vêtement, tandis que ses mains déhanchées et pendantes semblaient chercher une bouteille imaginaire.

En bon anglais, « mon fils Benjamin » était « saoul » de la manière la plus abjecte, et dans un état d’abrutissement complet.

Cette découverte ne fut pas difficile à faire, et Trottle n’eut pas besoin de regarder à deux fois ce personnage étrange pour en être convaincu. Cependant, il lui fut impossible de détourner les yeux de cette tête branlante, entassée dans un collet de drap fantastique, et il se prit à l’examiner avec une curiosité dont il ne pouvait se rendre compte tout d’abord.

Y avait-il quelque chose qui lui fût familier dans l’aspect extérieur de cet homme ?

Il regarda d’abord d’un côté pour se convaincre du contraire, puis il porta de nouveau ses regards sur cette étrange créature.

Ce second examen suffit pour le convaincre d’une façon irrévocable que son souvenir ne le trompait point. Il avait réellement vu quelque part un visage dont celui de cet abruti n’était que la copie ; mais où donc ?

— Où donc, se disait Trottle, ai-je aperçu pour la dernière fois celui dont les traits de Benjamin me rappellent l’image ?

Le serviteur n’avait pas le temps, – eu égard aux regards inquisiteurs de la vieille femme qui ne le perdait pas de vue, et à sa langue qui ne cessait pas de fonctionner et lâchait des paroles à 19 pour 12, – de rappeler à sa mémoire les souvenirs cachés, il ne savait où, dans les casiers de son cerveau.

Trottle se résigna donc à revenir à cette pensée quand il en aurait le loisir, et il se tint sur ses gardes, afin de ne pas se compromettre dans la situation qu’il avait acceptée.

— Vous plairait-il de descendre à la cuisine ? voyons, dites-le ! fit la sorcière sans balai, devenant aussi familière avec Trottle que si elle avait été sa mère au lieu d’être celle de Benjamin. Il y a encore un reste de feu dans la grille et l’évier ne sent pas aussi mauvais qu’à l’ordinaire. Brrou ! quel horrible froid il fait ici pour une personne qui, comme moi, n’a que la peau et les os. On ne dirait pas que vous éprouviez la moindre atteinte des intempéries de la saison, monsieur ? C’est fort heureux, vraiment. Du reste, l’affaire qui vous amène est de si peu d’importance qu’il ne vaut pas vraiment la peine que nous nous dérangions, vous et moi, pour descendre à la cuisine. Ce n’est qu’un jeu que cette chose-là ! Prendre et donner, voilà tout ! bon Dieu ! voilà tout. Prendre et donner.

En disant ces mots, la vieille jeta un œil avide dans la direction qui aboutissait à la poche du gilet de maître Trottle. Puis, à l’exemple de son fils Benjamin, elle fit claquer ses doigts l’un contre l’autre et frappa de la main droite dans la paume de la main gauche.

Comme pour corroborer ces paroles incompréhensibles, Benjamin, qui s’aperçut du mouvement de sa mère, se mit à glousser en se levant sur ses ergots et à imiter ses gestes.

Puis, une folle idée lui étant venue dans sa cervelle à peu près absente, il lui donna immédiatement passage comme pour qu’elle fût utile à Trottle :

— Hé ! là-bas, vous ! s’écria-t-il en s’appuyant contre la muraille et en regardant sa mère d’un air malin, faites surtout bien attention, ou sinon la vieille vous rasera de près !

Cet avis suffit à Trottle pour comprendre ce qu’il avait à faire. Il s’agissait tout simplement de donner l’argent qu’on prendrait.

Cette singulière occurrence, lorsqu’il y réfléchit, le chiffonna quelque peu et le mit mal à son aise. Il eût donné… le plus qu’il eût pu pour se trouver de nouveau hors de la maison sur les dalles du trottoir de la rue.

Au moment où il réfléchissait à part lui aux moyens de sauver son argent, un bruit provenant du haut de la maison vint rompre le silence qui régnait dans la salle à manger.

Ce bruit n’était point sonore : loin de là, c’était un murmure, un grattement si peu perceptible qu’il eût été fort difficile de l’entendre ailleurs que dans une maison vide.

— Entends-tu, Benjamin ? fit alors la vieille femme ; il continue son travail, même dans l’obscurité. Écoutez ! Peut-être vous serait-il agréable de le voir, monsieur ? ajouta-t-elle en se retournant du côté de Trottle et en approchant la peau tannée de son visage contre le sien. Voyons, décidez-vous, si cela vous convient, dites-le. Et puis après nous conclurons votre affaire. Je conduirai l’ami intime de M. Forley là-haut avec autant de déférence que si c’était lui-même. Si les jambes de Benjamin ne sont pas solides, les miennes le sont. Je redeviens tous les jours de la vie de plus en plus jeune, de plus en plus gaie et de plus en plus vaillante. Aussi ne craignez pas de me faire monter, monsieur, si vous avez la moindre envie de le voir.

— Le voir ? se demanda Trottle qui ne savait que penser à ce sujet.

« Le » se rapportait-il à un homme, à un enfant, ou bien encore à un animal domestique mâle.

Quelle que fût la signification de ce « le », il fallait aller de l’avant afin de sortir de cette difficulté de donner de l’argent à la vieille et d’ailleurs, se dit-il, il y avait là un moyen de découvrir un des secrets de la maison mystérieuse.

Trottle était bien décidé.

Aussi répondit-il affirmativement, sans hésiter, comme l’eût fait tout homme ayant la conscience de son pouvoir.

La mère de Benjamin prit alors de nouveau la lumière et éclaira Trottle, qui avait peine à la suivre.

Quant à Benjamin, on l’abandonna au milieu de l’escalier. Il essaya inutilement de se cramponner à la rampe, mais l’indisposition qu’il éprouvait l’empêcha de continuer son ascension. Il se contenta de s’asseoir sur l’une des marches, appuya sa tête contre la muraille, laissant traîner les pans de sa redingote dans la poussière, comme si c’eût été une robe de cour étalée sur des tapis moelleux.

— Ne vous asseyez pas là, mon fils, fit la vieille d’une voix affectueuse, au moment où elle s’arrêta pour moucher sa chandelle, sur le premier palier conduisant au premier étage.

— Moi je veux m’y asseoir, répondit Benjamin avec obstination, et j’y demeurerai jusqu’à l’heure où arrive le laitier.

La mégère n’insista pas davantage et continua à gravir les marches avec agilité jusqu’au premier étage, suivie par Trottle, qui ouvrait les yeux et les oreilles.

Il n’avait encore rien vu d’extraordinaire, ni dans la salle à manger, ni dans les escaliers, jusqu’au premier étage. Seulement il avait observé que la maison était mal entretenue et sentait le renfermé ; cela n’avait rien de fantastique. Ce qui émoustillait le plus sa curiosité, c’était ce bruit sourd qui devenait de plus eu plus distinct, – quoiqu’il ne fût pas encore très-fort, – à mesure que Trottle suivait sa conductrice.

Sur le second palier, il n’aperçut rien autre que des toiles d’araignées et des morceaux de plâtre tombés du plafond.

La mère de Benjamin ne paraissait point avoir perdu la respiration et se montrait disposée à monter encore jusqu’au sommet de l’édifice.

Le bruit augmentait à mesure qu’on approchait, mais Trottle ne se doutait pas plus de la cause qui le produisait que lorsqu’il était encore au bas de l’escalier, dans la salle à manger.

Parvenu au troisième étage, il vit deux portes devant lui : l’une, fermée, aboutissait aux mansardes, ayant vue sur la rue ; l’autre, grande ouverte, conduisait aux autres mansardes, dont la fenêtre donnait sur le derrière de la maison. Il y avait bien encore un grenier par-dessus les mansardes ; mais, à bien examiner les toiles d’araignée dont l’ouverture était garnie, il était évident que ce grenier n’avait pas été ouvert depuis longtemps.

Le bruit plus sonore provenait, à n’en pas douter, d’un des côtés de la mansarde ayant vue sur le derrière. Et, à la grande satisfaction de Trottle, ce fut cette porte que poussa la vieille sorcière et qui s’ouvrit devant lui.

Le serviteur inquisitif se hâta de suivre la mère de Benjamin dans cet antre obscur et ne tarda pas à éprouver le plus grand étonnement à la vue du spectacle qui s’offrit à ses yeux.

Le grenier dans lequel il pénétrait était veuf de toute espèce de meubles.

Sans doute cette pièce avait été jadis occupée par quelqu’un dont la profession nécessitait un très-grand jour et beaucoup de lumière, car l’une des deux fenêtres de ce vaste emplacement, placée sur la partie du derrière de la maison, était trois fois plus grande que le sont d’ordinaire les fenêtres de ces endroits-là.

Tout contre l’ouverture, agenouillé sur le parquet nu, le visage tourné dans la direction de la porte, Trottle aperçut un avorton d’enfant, une créature rachitique, abandonnée, le seul être qu’il n’eût point cru trouver en pareil lieu, dans un tel dénûment. À sa taille, à son costume étrange, on comprenait qu’il était tout au plus âgé de cinq ans.

Sur la poitrine de ce malheureux, un vieux châle bleu se croisait pour aller se nouer par derrière et former un gros paquet. Un haillon de quelque étoffe ressemblant au débris d’un jupon de flanelle sortait de dessous le châle, tandis que les pieds sans souliers et les jambes ballottaient dans de vieux bas noirs à côtes, mangés par les vers. Des mitaines sordides qui remontaient jusqu’aux coudes de ses bras rougis par le froid et un bonnet de coton trop grand pour sa tête, à tel point qu’il retombait jusque sur ses yeux, tel était le complément du costume que cet enfant misérable portait en ce moment, costume que cet avorton semblait ne pas pouvoir remplir de sa personne et qui l’embarrassait même au point de ne pouvoir pas se mouvoir.

Il y avait cependant quelque chose de plus curieux à observer que les vêtements dont cet enfant était enveloppé : c’était l’occupation à laquelle il se livrait sans relâche, occupation qui expliquait le bruit et le grattement que l’on entendait d’en bas, à travers la porte entr’ouverte, bruit qui troublait le calme de la maison abandonnée.

Nous avons déjà raconté que l’enfant était agenouillé sur le plancher de la mansarde au moment où Trottle l’aperçut. Il ne récitait point sa prière et n’était pas non plus effrayé de se trouver seul dans l’obscurité. Quelque bizarre que puisse paraître le fait, cet être inconnu ne faisait rien autre chose que ce que font les femmes de service et les aides d’une maison : il lavait les planches du parquet avec une brosse.

Ses deux petites mains amaigries se cramponnaient aux rebords d’une vieille brosse à cirage, veuve de ses soies, à l’aide de laquelle il frottait de droite à gauche et vice versa, avec autant de gravité et d’attention que s’il avait fait ce métier-là pendant de longues années, et que si, à l’aide du produit de ce travail, il eût eu à nourrir une nombreuse famille.

L’arrivée de Trottle et de la vieille femme ne parut point l’étonner, ni même l’engager à interrompre son travail. Il se contenta de relever les yeux dans la direction de la lumière, de les ouvrir comme des portes cochères et de jeter des regards brillants comme du feu ; puis il continua à frotter comme si rien n’était survenu.

À côté de lui se trouvait une casserole de fer-blanc, veuve de tout manche et pouvant tenir environ une pinte de liquide, et sous sa main un morceau d’étoffe de vieille cotonnade de couleur d’ardoise, dont il se servait comme d’un torchon de laine pour essuyer le plancher.

Après avoir frotté à l’aide de la brosse, avec une sorte de fièvre, pendant une ou deux minutes, l’enfant saisit le haillon de cotonnade, le tordit, et le pressa comme pour exprimer l’eau absente qu’il était censé contenir et la faire tomber dans le semblant de seau qu’il avait près de lui. Il procéda à cette action avec autant de gravité qu’eût pu le faire un magistrat assis sur les bancs de la justice.

Dès qu’il crut avoir suffisamment séché les planches, il se redressa sur ses genoux, et respira à pleins poumons. Puis il étira ses bras et adressa à Trotte un signe de tête amical.

— Là ! fit l’enfant en clignant ses petits yeux, il n’y a plus de malpropreté. J’ai tout enlevé. Où est mon pot de bière ?

La mère de Benjamin se mit à tousser avec une telle force, que Trotte s’imagina qu’elle allait étouffer.

— Que Dieu nous assiste ! s’écria-t-elle, n’écoutez pas ce drôle. Croiriez-vous qu’il n’a que cinq ans, monsieur ? N’oubliez pas de dire à ce bon M. Forley que vous l’avez trouvé dans un état de propreté des plus confortables, s’amusant à faire semblant de nettoyer le parquet et demandant après cela son pot d’ale. C’est à cela qu’il s’occupe par plaisir le matin, l’après-midi et toute la soirée, sans jamais montrer la moindre fatigue. Regardez, monsieur, comme nous l’avons bien vêtu. D’abord voici mon châle dont je l’enveloppe pour tenir chaud son pauvre petit corps ; Benjamin lui a donné aussi son bonnet de nuit, pour qu’il n’eût pas froid à sa chère petite tête, et ses bas sont étirés par-dessus ses pantalons, afin que ses jambes soient maintenues en bon état de chaleur. Oh ! je déclare qu’il se trouve heureux et bien portant comme jamais enfant au monde. Voyons ! mon chat, demande encore : Où est mon pot de bière ? dis-le donc !

Si Trottle avait aperçu l’enfant, à la lueur d’une lampe bien brillante, près d’un bon feu de charbon, habillé comme le sont les enfants de son âge, jouant naturellement avec une toupie, ou alignant des soldats de plomb, faisant sauter et rebondir une balle en caoutchouc, il eût éprouvé à cette vue autant de plaisir que la mère de Benjamin elle-même.

Mais en voyant cet être rachitique et maigre à faire peur, réduit, comme il s’en doutait, faute de joujoux convenables et la compagnie d’enfants de son âge, à s’amuser à faire l’ouvrage d’une vieille femme, ou plutôt à faire semblant pour s’amuser, de nettoyer le plancher, il éprouva, quoique n’étant pas père de famille, un serrement de cœur irrésistible ; car jamais il n’avait eu sous les yeux un spectacle plus poignant et plus fait pour exciter la pitié.

— Diable, mon bonhomme, fit-il, vous me paraissez avoir plus de courage que tous les enfants de la vieille Angleterre. Hé quoi ! vous n’éprouvez aucune frayeur à rester ainsi seul dans l’obscurité ?

— La grosse araignée n’y voit-elle pas dans les ténèbres ? répondit la petite créature malingre, en désignant un des coins de la mansarde. Je suis comme la grosse araignée et j’y vois clair.

Puis il se tut, se leva debout et regarda en face, d’un air résolu, la mère de Benjamin.

— Je suis courageux, n’est-il pas vrai ? et qui plus est, avec moi on épargne la chandelle.

Trottle se creusa la tête pour deviner quelle autre occupation cette créature abandonnée pouvait remplir sans y voir, et il s’aventura à demander si l’enfant sortait jamais en plein air pour respirer un peu et renaître à la vie.

— Mais certainement, répondit la mégère, l’enfant sort de temps à autre au dehors, pour ne pas parler de ses courses du haut en bas de la maison. Certainement, ajouta-t-elle, ce gentil petit garçon se promène, d’après les ordres du bon M. Forley, ordres que je suis très-scrupuleusement. À vous, qui êtes l’ami de ce digne homme, monsieur, je déclare que je remplis très-exactement les instructions qui me sont données.

Trottle avait bien envie de répondre que ce bon M. Forley n’était, à son avis, qu’une franche canaille, mais il comprit qu’en parlant de la sorte il couperait court à toute autre découverte. Il jugea donc à propos de ne rien dire, et, se mordant la langue, il examina le petit enfant qui s’était dirigé vers la fenêtre, car il voulait voir quelle était sa seconde occupation.

Au-même moment, l’infortunée créature qui avait ramassé sa brosse à cirage et son torchon en loques, plaçait tout cela dans sa casserole de fer battu et se dirigeait, aussi vite que ses habits trop larges le permettaient, vers une porte de communication aboutissant à la mansarde du devant, portant dans ses mains les objets ci-dessus mentionnés.

— Eh bien ! fit-il tout à coup en regardant par-dessus son épaule, pourquoi restez-vous là ? Je vais me coucher maintenant ; je vous déclare que je vais me mettre au lit.

En prononçant ces paroles, l’enfant ouvrit la porte et pénétra dans l’appartement voisin.

À ce moment, la vieille mégère, ayant aperçu Trottle s’avancer, comme pour le suivre, ouvrit les yeux, d’un air stupéfié.

— Bonté divine ! s’écria-t-elle, ne l’avez-vous point assez examiné de près ?

— Non ! répliqua Trottle, je ne serais point fâché de le voir se coucher.

La mère de Benjamin se mit à glousser avec une telle rage que les mouchettes du chandelier, placées dans la coupe de cuivre, se mirent à danser et produisirent le bruit d’une sonnette fêlée.

Qui eût dit que l’ami de M. Forley eût pris plus d’intérêt à l’enfant que M. Forley lui-même ? Cette femme n’avait jamais, depuis qu’elle était au monde, été témoin d’un fait semblable. Aussi demanda-t-elle à Trottle de vouloir bien l’excuser si elle riait de la sorte.

Trottle la laissa éclater de rire aussi longtemps que bon lui sembla, et il se dit, à part lui, qu’après ce dont il avait été témoin, M. Forley ne devait pas avoir pour cet enfant autant de bons sentiments qu’on lui en supposait.

En même temps il pénétra dans la mansarde du devant, suivi par la mère de Benjamin, qui n’avait pas cessé de rire aux éclats.

Le mobilier de cette pièce se composait seulement d’un vieux étai du genre de ceux sur lesquels on place un tonneau de bière, et d’un bois de lit à roulettes, à poteaux mal joints. Sur ce bois de lit, un amas de vieux sacs bruns sur de minces planches, servait de couchette : un vieil édredon troué, par les déchirures duquel s’échappaient des flocons de plumes et que l’on avait plié en quatre pour en faire un oreiller ; une courte-pointe, fabriquée à l’aide de chiffons hideux et une couverture infecte, et en dessous de tout cela, deux coussins de chaises de crin mis à la suite l’un de l’autre pour servir de matelas, tel était le lit de l’enfant.

Au moment où Trottle pénétra dans la chambre, le pauvre infortuné s’était hissé sur le bois de lit au moyen de l’étai à tonneau de bière, et se tenant agenouillé sur le tas de sacs, tenait la couverture soulevée, comme pour s’en couvrir lorsqu’il se coucherait sur les coussins.

— Laissez-moi vous arranger, mon petit homme, fit Trottle ; couchez-vous, je me charge de vous bien envelopper.

— Je me couvrirai bien moi-même, répliqua la pauvre créature, et je n’ai point l’intention de me laisser aider, d’ailleurs, je me glisse sous ces ouvertures. Oh ! mon Dieu, oui ! je le fais comme je vous le dis.

Et, tout en prononçant ces paroles, le pauvre petit être disposa les haillons qui servaient à le préserver du froid le long des deux coussins, en les tenant relevés de manière à ce qu’il pût y glisser les pieds. Puis, se tenant droit à genoux, il regarda Trottle d’un air fier, comme pour lui dire : « Croyez-vous utile de porter aide et secours à un garçon aussi adroit que moi ? »

Puis, défaisant le châle qu’il avait noué autour de sa taille, il le doubla et le mit à la place des pieds en disant :

— Voyez un peu cela !

Sur ces paroles, il se glissa sous la courtepointe et la couverture par les pieds, la tête la première, chauffant ainsi sa couche au fur et à mesure, jusqu’à ce qu’enfin Trottle aperçût le bonnet de coton se montrer au-dessus de l’oreiller de plumes.

Quant à cette coiffure gigantesque pour la tête de l’enfant, elle avait tellement glissé pendant cette opération souterraine sous les couvertures, que quand le petit être mystérieux reparut à la hauteur de son oreiller, le treillis de coton était descendu jusque sur la bouche.

D’un simple mouvement de doigts, l’enfant ramena gravement les bords du bonnet jusqu’à leur place ordinaire, au-dessus de ses sourcils, et s’apercevant de l’examen de Trottle, il ajouta :

— Je suis très-bien ! n’est-ce pas ? Allons, adieu.

Puis retournant son pauvre petit visage contre les haillons de sa couverture, il ne laissa plus voir que le gland de son bonnet de coton, qui se tenait roide au milieu de l’édredon.

— Il est gentil comme un petit agneau, n’est-ce pas ? observa la mère de Benjamin en adressant un coup de coude à Trottle. Allons, venez ! vous ne verrez plus son visage ce soir.

— Oh ! vous pouvez être sûr de cela, dit à voix basse, une voix indécise – un vrai murmure – qui provenait de dessous la couverture, comme pour répondre aux paroles de la méchante femme.

Si Trottle, au moment où se passait ce fait, n’eût pas eu la résolution de découvrir tout le mystère que le hasard lui avait indiqué, et d’en arriver, quels que fussent les détours, à suivre cette affaire jusqu’à sa solution, il se fût précipité sur l’enfant, l’eût saisi dans ses bras, pour l’emporter, emmailloté dans ses haillons, hors de ce grenier infect qui lui servait de prison.

Il eut par bonheur le bon esprit de se contenir, avec l’espoir de mieux réussir de cette façon avant qu’il fît grand jour : aussi permit-il à la mère de Benjamin de le reconduire jusqu’au bas de l’escalier.

— Attention aux balustres, fit la mégère, au moment où Trottle appuyait sa main sur ces étais branlants. Ils sont pourris comme des nèfles sur un lit de paille.

— Mais quand on vient visiter la maison, observa Trottle, qui voulut arracher quelque nouvelle bribe du terrible secret, je ne crois pas que vous ameniez jamais personne ici ?

— Dieu vous entende ! s’écria-t-elle ; que dites-vous là ? mais il ne vient jamais personne à présent. Ceux qui auraient envie de visiter la maison n’éprouvent plus ce désir, rien qu’à examiner l’aspect délabré de l’extérieur. On lève les épaules et c’est tout. J’avoue cependant que je me désolais en renvoyant tous ces curieux les uns après les autres, rien qu’à leur énoncer la somme folle demandée pour le loyer. Les femmes surtout poussaient les hauts cris : « – Cent vingt livres par an ? » s’écriaient-elles, « cent vingt livres ? mais, bonté divine ! il n’y a pas une maison dans la rue dont le prix s’élève au-dessus de quatre-vingts livres. – Cela est assez vrai, madame, répondais-je. Les autres propriétaires ont bien le droit de baisser le prix de leur loyer, si bon leur semble ; mais mon maître se tient à la somme de cent vingt livres ; c’est celle que faisait payer son père, et il veut observer les mêmes droits de location. – Mais les autres loyers ont baissé, depuis cette époque dont vous me parlez. – Soit, mais c’est cent vingt livres par an, madame. – Votre propriétaire doit être fou ? – Peut-être, mais c’est cent vingt livres par an, madame. – Ouvrez la porte, impertinente ! Dieu du ciel, je jubilais de bonheur et de joie rien qu’à voir ces gens-là sauter et sortir à la hâte, en répétant tout le long de la rue le chiffre fantastique du loyer de notre maison.

En disant ces mots, la vieille femme était parvenue au palier du second étage.

Elle s’arrêta pour ricaner à sa façon, ce qui donna le temps à Trottle de récapituler tout ce qu’il avait entendu et vu jusqu’à ce moment-là.

— Voici deux points parfaitement éclaircis, se dit-il à lui-même : le logis est maintenu inoccupé pour un certain motif, et l’on est arrivé là au moyen de la demande d’un loyer trop élevé.

— Bonté divine ! fit alors la mère de Benjamin, qui changea tout à coup de sujet de conversation et revint d’une façon rapace à ces demandes d’argent auxquelles elle avait fait allusion dans le salon d’en bas, nul ne pourrait dire ce que nous avons fait d’une manière ou d’une autre, pour ce bon M. Forley. La petite affaire qui vous concerne, vous et moi, devrait être une grosse affaire, eu égard à tout le mal que je me suis donné avec Benjamin pour rendre le petit drôle heureux tout le jour durant. Ah ! M. Forley devrait bien se rappeler un peu mieux tout ce qu’il nous doit, à mon fils et à moi.

— Là, là ! fit Trottle, qui saisit la balle au bond, en désespoir de cause, et comprit qu’il avait un moyen de lui glisser des mains sans rien payer. Que diriez-vous, bonne femme, si je vous apprenais que ce bon M. Forley n’a pas songé à s’occuper de l’affaire qui vous intéresse ? Ah ! vous seriez fort désappointée, n’est-il pas vrai, si je vous déclarais, ce qui est vrai, que je suis sans argent ?

À ces mots, la mégère ouvrit la bouche à se désarticuler la mâchoire, et ses yeux brillèrent d’un éclat terrible, comme si elle eût été frappée de stupeur.

— Que diriez-vous encore, ajouta Trottle, si je vous apprenais que M. Forley attend le rapport que je vais lui faire, et qu’il m’enverra encore lundi prochain, après soleil couché, avec une mission qui nous concernera vous et moi, mission très-importante, beaucoup plus importante que vous ne le supposez ? Eh bien, devinez-vous ?

À ces mots, faciles à comprendre, la vieille coquine se rapprocha de Trottle à un tel point qu’elle le força à se retirer jusque dans un des angles du palier, et elle mit son visage tout contre le sien, de façon, si l’on peut parler ainsi, que son gosier touchait le sien.

— Serait-il vrai ? croyez-vous que cela soit ainsi ? murmura-t-elle en plaçant ses doigts décharnés et son pouce recourbé, de façon à empêcher la voix de s’échapper de ce creux, droit devant le visage de son interlocuteur.

— Ne pensez-vous pas que deux personnes valent mieux qu’une ? ajouta-t-il en la repoussant et en se hâtant de descendre les marches de l’escalier quatre à quatre.

Trottle ne voulut point répéter les paroles que prononça cette misérable femme, mais il se sentit épouvanté en entendant cette infernale hypocrite nommer familièrement les saints, les anges et le bon Dieu lui-même, blasphémer en un mot et faire pleuvoir sur sa tête à lui des bénédictions qui lui firent dresser les cheveux sur le crâne.

Il se jeta au bas des escaliers avec toute la rapidité possible jusqu’au moment où il fut forcé de s’arrêter tout d’une pièce, comme disent les matelots, sur la dernière marche, le long de laquelle était étendu Benjamin, tout de son long, se livrant à un sommeil qui ressemblait plus à celui des ivrognes qu’à celui des « justes. »

Au même instant, Trottle se rappela la ressemblance extraordinaire qu’il avait remarquée entre Benjamin et un visage entrevu quelque part, autrefois, dans des circonstances dont il ne se souvenait point.

Il voulut donc, avant de quitter la maison, regarder encore cette figure avinée et abrutie, et, pour cela, il se hâta de secouer violemment le drôle et de le maintenir debout contre la muraille, avant que sa mère pût s’opposer à cette façon d’agir.

« Laissez-moi faire, dit-il à la mégère : je vais le secouer.

Et tout en parlant de la sorte, il regarda Benjamin dans le blanc des yeux.

L’effroi, et la surprise d’être réveillé d’une façon aussi imprévue, produisirent sur ce malheureux l’effet d’une dose d’ammoniaque ; mais cela ne dura que quelques instants.

Au moment où il ouvrit les yeux, le regard qu’ils exprimèrent rappela les souvenirs de Trottle avec autant de rapidité que si c’eût été un éclair fulgurant. Mais cette face abrutie reprit aussitôt son expression inerte et anéantit toute trace de ce souvenir à peine évoqué.

Quoi qu’il en soit, Trottle se contenta de ce qu’il avait vu et ne songea plus à renouveler cette épreuve.

— À lundi prochain, entre chien et loup, dit-il en coupant court au bavardage de la vieille sorcière qui revenait encore sur la maladie de son cher Benjamin. Je n’ai pas de temps à perdre, et je dois partir au plus tôt, madame. Veuillez donc m’ouvrir la porte.

Trottle dut entendre encore la bouche de cette horrible femme lui adresser une bénédiction, lui recommander de ne pas l’oublier auprès de cet excellent M. Forley, lui rappeler qu’elle l’attendrait exactement le lundi désigné, à l’heure convenue ; puis enfin, tout cela étant fini, elle ouvrit la porte de la rue.

Il va sans dire que Trottle éprouva un certain bien-être inexprimable de se sentir hors de la « maison à louer. »

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