Oui, Champlain fut le père et le sauveur des preux
Qui rêvaient de fonder sous nos deux un royaume.
Sa prescience avait l’ampleur des bois ombreux
Dont ils aimaient jadis à respirer l’arôme ;
Et comme sur l’autel la fleur du lis embaume,
Sa vertu parfuma la terre des aïeux.
Il fut un précurseur, un guerrier, un apôtre ;
Il fut le bienfaiteur de tout le genre humain
En jetant au terroir laurentien l’épeautre ;
Et quand il s’avança, l’arquebuse à la main,
Sur la rive voisine, il fraya le chemin
Qui nous mène aujourd’hui d’un océan à l’autre.
Il fraya le chemin au groupe de héros
Qui devaient les premiers, la croix sur la poitrine.
Du grand Mississippi réveiller les échos.
Oui, grâce à son courage, à son œuvre divine,
Le soleil flamboyant du Progrès illumine
Les trésors de pays sans borne et sans rivaux.
Mais, malgré son savoir et malgré son génie,
Dans la fiévreuse ardeur de ses féconds travaux,
Il sentit vaguement la puissance infinie
Des germes qu’il semait dans des sillons nouveaux,
Il entrevit à peine, en nos bois, sur nos eaux,
Ce qu’allait enfanter cette plage bénie.
Oh ! s’il pouvait, du haut de l’immortalité,
Sur nos foyers en joie abaisser la paupière,
S’il voyait, aux rayons éclatants de l’été,
Ce qui s’est accompli pour notre race austère
Sous les fières couleurs de la vieille Angleterre,
Sous le drapeau de l’Aigle et de la Liberté !…
Mais que dis-je ? Il nous voit groupés dans cette plaine,
Il contemple nos champs, nos bourgs et nos cités,
Il promène sur nous sa prunelle sereine,
Toute baignée encor des célestes clartés,
Et je l’entends qui dit : Vous êtes bien restés
Les dignes rejetons de la France chrétienne !