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V. Le Faucon

NOUVELLE TIRÉE DE BOCCACE.

Ce conte est emprunté à la nouvelle IX de la Ve journée du Décaméron, dont voici le sommaire :

Frederigo degli Alberighi ama et non è amato ; et in cortesia spendendo il suo si consuma, et rimangli un sol falcone, ilquale, non havendo altro, da a mangiare alla sua donna venutagli a casa ; laqual cio sappiendo, mulata di animo, il prende per marito et fallo ricco.

« Frederic des Alberigni, amoureux d’une femme de laquelle il n’estoit point aymé, despendit tout son bien en gentillesses et honnestetez, se consommant entierement, tellement qu’il ne luy demeura que son faulcon ; et n’ayant aultre chose pour donner à disner à sa mye qui le vint veoir, il le feit rostir, dont elle, sçachant ceste honnesteté, changea d’opinion, et le print à mary, le faisant riche homme. »

La Fontaine a suivi de très près le récit de Boccace.

Dans un fabliau du XIIIe siècle intitulé de Guillaume au Faulcon, qui se recommande par la naïveté et la grâce du langage (voyez Barbazan-Méon, tome IV, p. 407, Legrand d’Aussy, tome III, p. 307, l’Histoire littéraire de la France, tome XXIII, p. 181-182), on trouve une analogie lointaine avec notre conte, bien que les circonstances ne soient pas les mêmes. « C’est, dit M. Moland auquel, nous empruntons cette analyse, l’histoire d’un page amoureux de la châtelaine. Il se déclare pendant une absence du châtelain ; il est repoussé durement. Il fait le serment de ne plus boire ni manger jusqu’à ce qu’on lui ait octroyé merci. Il y a près de quatre jours qu’il jeûne, lorsque le châtelain revient, et demande à la dame pourquoi Guillaume est malade. Celle-ci, touchée enfin, répond que le page lui a demandé son faucon favori, et qu’elle a cru devoir le lui refuser. Le châtelain blâme sa femme, et lui ordonne de donner l’oiseau à Guillaume : “Puisque mon mari le veut, dit-elle, je me vous le refuserai plus” ; et Guillaume est guéri. Ce conte conclut en invitant les amants à la persévérance, et cela pourrait être aussi la conclusion de la charmante nouvelle de la Fontaine », le seul de ses contes, dit Voltaire, qui parle au cœur : il oublie la Courtisane amoureuse.

Comparez une anecdote, qui est également comme la contrepartie du Faucon, dans le chapitre LXXXII du Vyolier des histoires romaines moraliseez : c’est la dame qui possède le faucon et le chevalier qui le demande à la dame.

On sait combien le faucon était en honneur au Moyen Âge, le faucon, « l’oiseau, dit Buffon, dont le courage est le plus franc, le plus grand, relativement à ses forces », et qui fond sans détour et perpendiculairement sur sa proie. Son agilité, sa légèreté égalent son courage ; et il semble nager dans l’air, selon l’expression des anciens fauconniers. On comprend toute l’étendue du sacrifice que, dans ce conte, Fédéric fait à Clitie, d’autant plus étendu que son faucon est son pourvoyeur unique. La citasse au faucon était pour la noblesse, non seulement un privilège, mais un plaisir très vif, une véritable passion. Qui n’a vu sur de vieilles tapisseries, sur des monnaies, des pierres tumulaires, ces oiseaux portés sur le poing, garni d’un gant, des chasseurs ou des chasseresses ? On ne les quittait pas, même pour se rendre à l’église. Il n’était pas permis de les donner en gage, non plus que l’épée, comme garantie d’une transaction ou d’un accord, ou en composition, c’est-à-dire en réparation d’un dommage fait à autrui. M. Moland cite ces deux vers de Gérard de Viane qui prouvent à quel haut prix cet oiseau était estimé ; Roland dit à Olivier qui lui, a pris son faucon :

Car me rant or mon faulcon que i’ay chier,
Ie te donray quinze liures d’or mier.

Quinze livres d’or fin pour un faucon ! Mais ce n’est rien : dans la première fable de la première nuit de Straparole, le marquis de Montferrat condamne à être pendu un gentilhomme qui lui a dérobé son faucon préféré, et il ordonne la confiscation de tous ses biens. La fauconnerie, cet art si noble et si prisé, avait ses règles, ses lois, et sa langue. Rappelons enfin qu’il existe encore en Allemagne un ordre de chevalerie « du Faucon », « l’ordre du Faucon blanc », dans le grand-duché de Saxe-Weimar-Eisenach.

On peut voir, entre autres ouvrages très nombreux, relatifs à la fauconnerie, l’Art de faulconnerie de Guillaume Tardif (Paris, 1492, in-4°) ; dans le Mesnagier de Paris (réimpression de 1846), le Traité sur la chasse aux oiseaux de proie, savamment annoté par le baron Jérôme Pichon ; l’opuscule allégorique intitulé le Liure du Faulcon (Paris, 1500, in-4°) ; le Liure de l’Art de faulconnerie de Jehan de Franchières (Paris, 1531, in-4º) ; le poème latin sur la fauconnerie, Hieracosophion, de Jacques-Auguste de Thou (Paris, 1584, in-4°) ; de l’Autourserie et de ce qui tient au vol des oiseaux, par le P. de Gommer de Lusancy (Châlons, 1594, in-8°) ; le célèbre ouvrage de l’empereur Frédéric II, de Arte venandi cum avibus, imprimé, avec celui d’Albert le Grand, de Falconibus, etc., à Augsbourg (1596, in-8°) ; la Faulconnerie, par Charles d’Arcussia(Aix, 1598, in-8°) ; le Miroir de la Fauconnerie, par Pierre Harmont (Paris, 1620, in-8°) ; la véritable Fauconnerie, par C. de Morais, seigneur de Fortille (Paris, 1683, in-12) ; etc., etc.

Le conte du Faucon, si original et si touchant, a donné naissance à un grand nombre de pièces :

Le Faucon, ou la Constance, comédie en un acte, en vers, par le comédien Dauvilliers, représentée devant l’électeur de Bavière au mois de janvier 1718, et imprimée à Munich, chez Matthieu Riedel, la même année, in-8°.

Le Faucon, comédie en un acte, en prose, par Fuselier, jouée au Théâtre-Italien le 16 août 1719.

Le Faucon, comédie en un acte, en vers, par Mlle Barbier et l’abbé Pellegrin, donnée au Théâtre-Français le 1er septembre 1719.

Le Faucon, ou les Oies de Boccace, comédie en trois actes, en prose, par M. de la Drevetière de Piste, représentée pour la première fois par les comédiens italiens ordinaires du Roi, le 6 février 1725, analysée dans le Dictionnaire dramatique, tome I, p. 474. L’auteur s’est inspiré à la fois du Faucon et des Oies de frère Philippe.

Le Faucon, opéra-comique en un acte, de Sedaine, musique de Monsigny, joué au Théâtre-Italien en 1772, analysé dans le Dictionnaire dramatique, tome I, p. 473.

Frédéric et Clitie, comédie en vers libres, par Théis (1773).

Le Faucon, comédie en un acte, mêlée de vaudevilles, par Radet, donnée au théâtre du Vaudeville le 23 novembre 1793.

Je me souviens d’avoir damné jadis
L’amant avare ; et je ne m’en dédis.
Si la raison des contraires est bonne,
Le libéral doit être en paradis :
Je m’en rapporte à Messieurs de Sorbonne.
Il étoit donc autrefois un amant
Qui dans Florence aima certaine femme.
Comment aimer ? c’étoit si follement
Que, pour lui plaire, il eût vendu son âme.
S’agissoit-il de divertir la dame,
À pleines mains il vous jetoit l’argent :
Sachant très bien qu’en amour comme en guerre,
On ne doit plaindre un métal qui fait tout,
Renverse murs, jette portes par terre,
N’entreprend rien dont il ne vienne à bout,
Fait taire chiens, et, quand il veut, servantes ;
Et, quand il veut, les rend plus éloquentes
Que Cicéron, et mieux persuadantes ;
Bref, ne voudrait avoir laissé debout
Aucune place, et tant forte fût-elle.
Si laissa-t-il sur ses pieds notre belle.
Elle tint bon ; Fédéric échoua
Près de ce roc, et le nez s’y cassa ;
Sans fruit aucun vendit et fricassa
Tout son avoir ; comme l’on pourroit dire
Belles comtes, beaux marquisats de Dieu,
Qu’il possédoit en plus et plus d’un lieu.
Avant qu’aimer, on l’appeloit Messire
À longue queue ; enfin, grâce à l’amour,
Il ne fut plus que Messire tout court.
Rien ne resta qu’une ferme au pauvre homme.
Et peu d’amis, même amis Dieu sait comme.
Le plus zélé de tous se contenta,
Comme chacun, de dire : « C’est dommage. »
Chacun le dit, et chacun s’en tint là ;
Car de prêter à moins que sur bon gage,
Point de nouvelle ; on oublia les dons,
Et le mérite, et les belles raisons
De Fédéric, et sa première vie.
Le protestant de madame Clitie
N’eut du crédit qu’autant qu’il eut du fonds.
Tant qu’il dura, le bal, la comédie
Ne manqua point à cet heureux objet ;
De maints tournois elle fut le sujet ;
Faisant gagner marchands de toutes guises,
Faiseurs d’habits, et faiseurs de devises,
Musiciens, gens du sacré vallon :
Fédéric eut à sa table Apollon.
Femme n’étoit ni fille dans Florence
Qui n’employât, pour débaucher le cœur
Du cavalier, l’une un mot suborneur,
L’autre un coup d’œil, l’autre quelque autre avance :
Mais tout cela ne faisoit que blanchir.
Il aimoit mieux Clitie inexorable
Qu’il n’auroit fait Hélène favorable.
Conclusion, qu’il ne la put fléchir.
Or, en ce train de dépense effroyable,
Il envoya les marquisats au diable
Premièrement ; puis en vint aux comtés,
Titres par lui plus qu’aucuns regrettés,
Et dont alors on faisoit plus de compte.
Delà les monts chacun veut être comte,
Ici marquis, baron peut-être ailleurs.
Je ne sais pas lesquels sont les meilleurs ;
Mais je sais bien qu’avecque la patente
De ces beaux noms on s’en aille au marché,
L’on reviendra comme on étoit allé :
Prenez le titre et laissez-moi la rente.
Clitie avoit aussi beaucoup de bien ;
Son mari même étoit grand terrien.
Ainsi jamais la belle ne prit rien,
Argent ni dons, mais souffrit la dépense
Et les cadeaux, sans croire pour cela
Être obligée à nulle récompense.
S’il m’en souvient, j’ai dit qu’il ne resta
Au pauvre amant rien qu’une métairie,
Chétive encore, et pauvrement bâtie.
Là Fédéric alla se confiner,
Honteux qu’on vit sa misère en Florence ;
Honteux encor de n’avoir su gagner,
Ni par amour, ni par magnificence,
Ni par six ans de devoirs et de soins,
Une beauté qu’il n’en aimoit pas moins.
Il s’en prenoit à son peu de mérite,
Non à Clitie : elle n’ouït jamais,
Ni pour froideurs, ni pour autres sujets,
Plainte de lui, ni grande ni petite.
Notre amoureux subsista comme il put
Dans sa retraite, où le pauvre homme n’eut
Pour le servir qu’une vieille édentée ;
Cuisine froide et fort peu fréquentée ;
À l’écurie, un cheval assez, bon,
Mais non pas fin ; sur la perche, un faucon Dont à l’entour de cette métairie
Défunt marquis s’en alloit, sans valets,
Sacrifiant à sa mélancolie
Mainte perdrix, qui, las ! ne pouvoit mais
Des cruautés de madame Clitie.
Ainsi vivoit le malheureux amant ;
Sage s’il eût, en perdant sa fortune,
Perdu l’amour qui l’alloit consumant :
Mais de ses feux la mémoire importune
Le talonnoit ; toujours un double ennui
Alloit en croupe à la chasse avec lui.
Mort vint saisir le mari de Clitie.
Comme ils n’avoient qu’un fils pour tous enfants,
Fils n’ayant pas pour un pouce de vie,
Et que l’époux, dont les biens étoient grands,
Avoit toujours considéré sa femme,
Par testament il déclare la dame
Son héritière, arrivant le décès
De l’enfançon, qui peu de temps après
Devint malade. On sait que d’ordinaire
À ses enfants mère ne sait que faire
Pour leur montrer l’amour qu’elle a pour eux
Zèle souvent aux enfants dangereux.
Celle-ci, tendre et fort passionnée,
Autour du sien est toute la journée,
Lui demandant ce qu’il veut, ce qu’il a ;
S’il mangerait volontiers de cela ;
Si ce jouet, enfin si cette chose
Est à son gré. Quoi que l’on lui propose,
Il le refuse, et pour toute raison
Il dit qu’il veut seulement le faucon
De Fédéric ; pleure, et mène une vie
À faire gens de bon cœur détester :
Ce qu’un enfant a dans la fantaisie
Incontinent il faut l’exécuter,
Si l’on ne veut l’ouïr toujours crier.
Or il est bon de savoir que Clitie
À cinq cents pas de cette métairie
Avoit du bien, possédoit un château :
Ainsi l’enfant avoit pu de l’oiseau
Ouïr parler. On en disoit merveilles ;
On en contoit des choses nonpareilles :
Que devant lui jamais une perdrix
Ne se sauvoit, et qu’il en avoit pris
Tant ce matin, tant cette après-dînée.
Son maître n’eût donné pour un trésor
Un tel faucon. Qui fut bien empêchée ?
Ce fut Clitie. Aller ôter encor
À Fédéric l’unique et seule chose
Qui lui restoit ! et supposé qu’elle ose
Lui demander ce qu’il a pour tout bien,
Auprès de lui méritoit-elle rien ?
Elle l’avoit payé d’ingratitude ;
Point de faveurs ; toujours hautaine et rude
En son endroit. De quel front s’en aller
Après cela le voir et lui parler,
Ayant été cause de sa ruine ?
D’autre côté, l’enfant s’en va mourir,
Refuse tout, tient tout pour médecine ;
Afin qu’il mange il faut l’entretenir
De ce faucon ; il se tourmente, il crie :
S’il n’a l’oiseau, c’est fait que de sa vie.
Ces raisons-ci l’emportèrent enfin.
Chez Fédéric la dame un beau enfin
S’en va sans suite et sans nul équipage,
Fédéric prend pour un ange des cieux
Celle qui vient d’apparoître à ses yeux ;
Mais cependant il a honte, il enrage
De n’avoir pas chez soi pour lui donner
Tant seulement un malheureux dîner.
Le pauvre état où sa dame le treuve
Le rend confus. Il dit donc à la veuve :
« Quoi ! venir voir le plus humble de ceux
Que vos beautés ont rendus amoureux,
Un villageois, un hère, un misérable !
C’est trop d’honneur ; votre bonté m’accable.
Assurément vous alliez autre part. »
À ce propos notre veuve repart :
« Non, non, Seigneur ; c’est pour vous la visite ;
Je viens manger avec vous ce matin.
– Je n’ai, dit-il, cuisinier ni marmite :
Que vous donner ? – N’avez-vous pas du pain ? »
Reprit la dame. Incontinent lui-même
Il va chercher quelque œuf au poulailler,
Quelque morceau de lard en son grenier.
Le pauvre amant, en ce besoin extrême,
Voit son faucon, sans raisonner le prend,
Lui tord le cou, le plume, le fricasse,
Et l’assaisonne, et court de place en place,
Tandis la vieille a soin du demeurant ;
Fouille au bahut ; choisit pour cette fête
Ce qu’ils avoient de linge plus honnête ;
Met le couvert ; va cueillir au jardin
Du serpolet, un peu de romarin,
Cinq ou six fleurs, dont la table est jonchée.
Pour abréger, on sert la fricassée :
La dame en mange, et feint d’y prendre goût,
Le repas fait, cette femme résout
De hasarder l’incivile requête,
Et parle ainsi : « Je suis folle, Seigneur,
De m’en venir vous arracher le cœur
Encore un coup ; il ne m’est guère honnête
De demander à mon défunt amant
L’oiseau qui fait son seul contentement :
Doit-il pour moi s’en priver un moment ?
Mais excusez une mère affligée :
Mon fils se meurt ; il veut votre faucon.
Mon procédé ne mérite un tel don ;
La raison veut que je sois refusée :
Je ne vous ai jamais accordé rien.
Votre repos, votre honneur, votre bien,
S’en sont allés aux plaisirs de Clitie.
Vous m’aimiez plus que votre propre vie :
À cet amour j’ai très mal répondu ;
Et je m’en viens, pour comble d’injustice,
Vous demander… Et quoi ? (c’est temps perdu)
Votre faucon. Mais non : plutôt périsse
L’enfant, lanière, avec le demeurant,
Que de vous faire un déplaisir si grand !
Souffrez sans plus que cette triste mère,
Aimant d’amour la chose la plus chère
Que jamais femme au monde puisse avoir,
Un fils unique, une unique espérance,
S’en vienne au moins s’acquitter du devoir
De la nature, et pour toute allégeance
En votre sein décharge sa douleur.
Vous savez bien par votre expérience
Que c’est d’aimer ; vous le savez, Seigneur.
Ainsi je crois trouver chez vous excuse.
– Hélas ! reprit l’amant infortuné,
L’oiseau n’est plus ; vous en avez dîné.
– L’oiseau n’est plus ! » dit la veuve confuse.
« Non, reprit-il : plût au Ciel vous avoir
Servi mon cœur, et qu’il eût pris la place
De ce faucon ! Mais le sort me fait voir
Qu’il ne sera jamais en mon pouvoir
De mériter de vous aucune grâce.
En mon pailler rien ne m’étoit resté :
Depuis deux jours la bête a tout mangé.
J’ai vu l’oiseau ; je l’ai tué sans peine :
Rien coûte-t-il quand on reçoit sa reine ?
Ce que je puis pour vous est de chercher
Un bon faucon : ce n’est chose si rare
Que dès demain nous n’en puissions trouver.
– Non, Fédéric, dit-elle ; je déclare
Que c’est assez. Vous ne m’avez jamais
De votre amour donné plus grande marque.
Que mon fils soit enlevé par la Parque,
Ou que le Ciel le rende à mes souhaits,
J’aurai pour vous de la reconnoissance.
Venez me voir, donnez-m’en l’espérance :
Encore un coup, venez nous visiter, »
Elle partit, non sans lui présenter
Une main blanche, unique témoignage
Qu’amour avoit amolli ce courage.
Le pauvre amant prit la main, la baisa,
Et de ses pleurs quelque temps l’arrosa.
Deux jours après, l’enfant suivit le père.
Le deuil fut grand ; la trop dolente mère
Fit dans l’abord force larmes couler.
Mais, comme il n’est peine d’âme si forte
Qu’il ne s’en faille à la fin consoler,
Deux médecins la traitèrent de sorte,
Que sa douleur eut un terme assez court.
L’un fut le Temps, et l’autre fut l’Amour.
On épousa Fédéric en grand-pompe,
Non seulement par obligation,
Mais, qui plus est, par inclination,
Par amour même. Il ne faut qu’on se trompe
À cet exemple, et qu’un pareil espoir
Nous fasse ainsi consumer notre avoir :
Femmes ne sont toutes reconnoissantes.
À cela près, ce sont choses charmantes ;
Sous le ciel n’est un plus bel animal ;
Je n’y comprends le sexe en général :
Loin de cela, j’en vois peu d’avenantes
Pour celles-ci, quand elles sont aimantes,
J’ai les desseins du monde les meilleurs :
Les autres n’ont qu’à se pourvoir ailleurs.

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