Vous savez quelle fut cette grande journée
Que sa perte pour nous rendit si fortunée,
Où l’empereur captif, par sa main dégagé,
Rassura son parti déjà découragé,
Tandis que sa vertu succomba sous le nombre ;
Vous savez les honneurs qu’on fit faire à son ombre,
Après qu’entre les morts on ne le put trouver.
Le roi de Perse aussi l’avait fait enlever.
Témoin de ses hauts faits et de son grand courage,
Ce monarque en voulut connaître le visage ;
On le mit dans sa tente, où, tout percé de coups,
Tout mort qu’il paraissait, il fit mille jaloux.
Là, bientôt il montra quelque signe de vie.
Ce prince généreux en eût l’âme ravie,
Et sa joie, en dépit de son dernier malheur,
Du bras qui le causait honora la valeur ;
Il en fit prendre soin, la cure en fut secrète,
Et comme au bout d’un mois sa santé fut parfaite,
Il offrit dignités, alliance, trésors,
Et pour gagner Sévère il fit cent vains efforts.
Après avoir comblé ses refus de louange,
Il envoie à Décie en proposer l’échange,
Et soudain l’empereur, transporté de plaisir,
Offre au Perse son frère et cent chefs à choisir.
Ainsi revint au camp le valeureux Sévère
De sa haute vertu recevoir le salaire ;
La faveur de Décie en fut le digne prix.
De nouveau l’on combat, et nous sommes surpris.
Ce malheur toutefois sert à croître sa gloire :
Lui seul rétablit l’ordre, et gagne la victoire,
Mais si belle, et si pleine, et par tant de beaux faits,
Qu’on nous offre tribut, et nous faisons la paix.
L’empereur, qui lui montre une amour infinie,
Après ce grand succès l’envoi en Arménie ;
Il vient en apporter la nouvelle en ces lieux,
Et par un sacrifice en rendre hommage aux dieux.