Me voici donc tantôt au comble de mes vœux,
Puisque déjà le ciel vous rassemble tous deux.
Vous revoyez un frère, après deux ans d’absence,
Dans ce même palais où vous prîtes naissance ;
Et moi, par un bonheur où je n’osais penser,
L’un et l’autre à la fois je vous puis embrasser.
Commencez donc, mes fils, cette union si chère ;
Et que chacun de vous reconnaisse son frère.
Tous deux dans votre frère envisagez vos traits ;
Mais pour en mieux juger, voyez-les de plus près.
Surtout que le sang parle et fasse son office.
Approchez, Étéocle ; avancez, Polynice….
Eh quoi ? loin d’approcher, vous reculez tous deux ?
D’où vient ce sombre accueil et ces regards fâcheux ?
N’est-ce point que chacun d’une âme irrésolue,
Pour saluer son frère, attend qu’il le salue ;
Et qu’affectant l’honneur de céder le dernier,
L’un ni l’autre ne veut s’embrasser le premier ?
Étrange ambition qui n’aspire qu’au crime,
Où le plus furieux passe pour magnanime !
Le vainqueur doit rougir en ce combat honteux ;
Et les premiers vaincus sont les plus généreux.
Voyons donc qui des deux aura plus de courage,
Qui voudra le premier triompher de sa rage.
Quoi ? vous n’en faites rien ? C’est à vous d’avancer ;
Et venant de si loin, vous devez commencer :
Commencez, Polynice, embrassez votre frère ;
Et montrez