Madame, au nom des Dieux, cessez de m’arrêter :
Je vois bien que la paix ne peut s’exécuter.
J’espérais que du ciel la justice infinie
Voudrait se déclarer contre la tyrannie,
Et que lassé de voir répandre tant de sang,
Il rendrait à chacun son légitime rang.
Mais puisque ouvertement il tient pour l’injustice,
Et que des criminels il se rend le complice,
Dois-je encore espérer qu’un peuple révolté,
Quand le ciel est injuste, écoute l’équité ?
Dois-je prendre pour juge une troupe insolente,
D’un fier usurpateur ministre violente,
Qui sert mon ennemi par un lâche intérêt,
Et qu’il anime encor, tout éloigné qu’il est ?
La raison n’agit point sur une populace :
De ce peuple déjà j’ai ressenti l’audace ;
Et loin de me reprendre après m’avoir chassé,
Il croit voir un tyran dans un prince offensé.
Comme sur lui l’honneur n’eut jamais de puissance,
Il croit que tout le monde aspire à la vengeance.
De ses inimitiés rien n’arrête le cours :
Quand il hait une fois, il veut haïr toujours.