Scène dernière
Anselme, Tobie, Lélie, Lucinde, Perrette, Josselin, Thibaut, Bertrand.
Ce n’est pas par là, vous dis-je.
Non, non, laisse-moi… Mais que vois-je ? Ah ! c’est ce que je cherche… Oui, mon père, les voilà. Souffrez que je les amène à ma chambre, je vous promets de n’en sortir jamais.
Où suis-je ? que vois-je ? qu’entends-je ?
Ah ! mon père, n’allez pas gronder, de peur de les effaroucher encore.
C’en est fait : la destinée et la nature sont plus fortes que mes raisonnements. Votre seule présence lui en a plus appris en un moment que je ne lui en avais caché pendant seize années.
Cela est admirable.
Je commence moi-même à me rendre à la raison, et je vais changer de manière.
Qu’est-ce que tout ceci ?
Vous le saurez, Monsieur. En attendant qu’on vous l’apprenne, je vous dirai seulement que mon fils a beaucoup de noblesse et plus de bien, et qu’il ne tiendra qu’à vous d’unir sa destinée à celle de Mademoiselle votre fille.
Volontiers. J’en serai ravi ; et cela fera enrager ma femme.
Je ne comprends rien à tous ces discours. Que veulent-ils dire, Monsieur Josselin ?
Cette belle vous l’apprendra.
Oui, mon fils, je vous la donne en mariage.
En mariage ? cela signifie-t-il qu’elle demeurera toujours avec moi, mon père ?
Oui, mon fils.
Quelle joie ! Ah, mon père ! que je vous ai d’obligation !
Jamais le petit fripon n’a embrassé si fort.
Pargué ! Perrette, tout ça est drôle.
Oui, tout cela est bel et bon ; mais cette chienne de coupe, que deviendra-t-elle ? Qu’il n’en soit plus parlé ; car, quoique je ne craignons rien, je ne dormirions point en repos, voyez-vous.
Qu’elle ne vous inquiète point : je la briserai en votre présence.
Quelqu’un veut-il faire essai de la coupe ? qu’il se dépêche. Mais, franchement, je ne conseille à personne d’y boire ; et l’exemple du paysan est, sur ma foi, le meilleur à suivre.