Je suis père, Seigneur, et faible comme un autre.
Mon cœur se met sans peine en la place du vôtre,
Et frémissant du coup qui vous fait soupirer,
Loin de blâmer vos pleurs, je suis prêt de pleurer.
Mais votre amour n’a plus d’excuse légitime ;
Les dieux ont à Calchas amené leur victime ;
Il le sait, il l’attend, et s’il la voit tarder,
Lui-même à haute voix viendra la demander.
Nous sommes seuls encor : hâtez-vous de répandre
Des pleurs que vous arrache un intérêt si tendre ;
Pleurez ce sang, pleurez ; ou plutôt, sans pâlir,
Considérez l’honneur qui doit en rejaillir :
Voyez tout l’Hellespont blanchissant sous nos rames,
Et la perfide Troie abandonnée aux flammes,
Ses peuples dans vos fers, Priam à vos genoux,
Hélène par vos mains rendue à son époux.
Voyez de vos vaisseaux les poupes couronnées
Dans cette même Aulide avec vous retournées,
Et ce triomphe heureux qui s’en va devenir
L’éternel entretien des siècles à venir.