Seigneur, vous me forcez à m’en souvenir mal,
Quand vous n’achevez pas de rendre tout égal :
Vous vous défaites bien de quelques droits d’aînesse ;
Mais vous défaites-vous du cœur de la princesse,
De toutes les vertus qui vous en font aimer,
Des hautes qualités qui savent tout charmer,
De trois sceptres conquis, du gain de six batailles,
Des glorieux assauts de plus de cent murailles ?
Avec de tels seconds rien n’est pour vous douteux.
Rendez donc la princesse égale entre nous deux :
Ne lui laissez plus voir ce long amas de gloire
Qu’à pleines mains sur vous a versé la victoire ;
Et faites qu’elle puisse oublier une fois
Et vos rares vertus, et vos fameux exploits ;
Ou contre son amour, contre votre vaillance,
Souffrez Rome et le roi dedans l’autre balance :
Le peu qu’ils ont gagné vous fait assez juger
Qu’ils n’y mettront jamais qu’un contrepoids léger.