Mais ceux de la nature ont-ils un privilège
Qui vous assure d’elle après ce sacrilège ?
Seigneur, votre retour, loin de rompre ses coups,
Vous expose vous-même, et m’expose après vous.
Comme il est fait sans ordre, il passera pour crime ;
Et vous serez bientôt la première victime
Que la mère et le fils, ne pouvant m’ébranler,
Pour m’ôter mon appui se voudront immoler.
Si j’ai besoin de vous de peur qu’on me contraigne,
J’ai besoin que le roi, qu’elle-même vous craigne.
Retournez à l’armée, et pour me protéger
Montrez cent mille bras tous prêts à me venger.
Parlez la force en main, et hors de leur atteinte :
S’ils vous tiennent ici, tout est pour eux sans crainte ;
Et ne vous flattez point ni sur votre grand cœur,
Ni sur l’éclat d’un nom cent et cent fois vainqueur ;
Quelque haute valeur que puisse être la vôtre,
Vous n’avez en ces lieux que deux bras comme un autre ;
Et fussiez-vous du monde et l’amour et l’effroi,
Quiconque entre au palais porte sa tête au roi.
Je vous le dis encore, retournez à l’armée ;
Ne montrez à la cour que votre renommée ;
Assurez votre sort pour assurer le mien ;
Faites que l’on vous craigne, et je ne craindrai rien.