XI
Maria avait un enfant, c’était une petite fille. – On l’aimait, on l’embrassait, on l’ennuyait de caresses et de baisers. Comme j’aurais recueilli un seul de ces baisers jetés, comme des perles, avec profusion sur la tête de cette enfant au maillot.
Maria l’allaitait elle-même, et un jour je la vis découvrir sa gorge et lui présenter son sein.
C’était une gorge grasse et ronde, avec une peau brune et des veines d’azur qu’on voyait sous cette chair ardente ; jamais je n’avais vu de femme nue alors. – Ô la singulière extase où me plongea la vue de ce sein, – comme je le dévorai des yeux, comme j’aurais voulu seulement toucher cette poitrine ! il me semblait que si j’eusse posé mes lèvres, mes dents l’auraient mordu de rage. Et mon cœur se fondait en délices en pensant aux voluptés que donnerait ce baiser.
Ô comme je l’ai revue longtemps, cette gorge palpitante, ce long cou gracieux et cette tête penchée avec ses cheveux noirs en papillotes vers cette enfant qui tétait, et qu’elle berçait lentement sur ses genoux en fredonnant un air italien.