Scène XII
Rousselin, madame Rousselin, miss Arabelle.
Ma chère enfant, – car mon affection toute paternelle me permet de vous appeler ainsi, – j’attends de vous un grand service ; il s’agirait d’une démarche près de M. Julien !
Je peux la faire !
Ah ! comment cela ?
Il fume son cigare tous les soirs sur cette promenade. Rien de plus facile que de l’aborder.
Vu les convenances, ce serait plutôt à moi.
En effet ; c’est plutôt à une femme mariée.
Mais je veux bien !
Je vous le défends, mademoiselle !
J’obéis, madame ! (À part, en remontant.) Qu’a-t-elle donc à vouloir m’empêcher ?… Attendons ! (Elle disparaît.)
Tu as parfois, mon ami, des idées singulières ; charger l’institutrice d’une chose pareille ! car c’est pour ta candidature, j’imagine ?
Sans doute ! Et moi, je trouvais que miss Arabelle, précisément à cause de son petit amour, dont je ne doute plus, pouvait fort bien…
Ah ! tu ne la connais pas. C’est une personne à la fois violente et dissimulée, cachant sous des airs romanesques une âme qui l’est fort peu ; et je sens qu’il faut se méfier d’elle…
Tu as peut-être raison ? Voici Julien ! Tu comprends, n’est-ce pas, tout ce qu’il faut lui dire ?
Oh ! je saurai m’y prendre !
Je me fie à toi ! (Rousselin s’éloigne, après avoir salué Julien. La nuit est venue.)